L'assurance responsabilité civile professionnelle (RC Pro) n'est obligatoire que pour une liste précise de professions, chacune soumise à un texte qui l'impose : professionnels de santé libéraux, avocats, experts-comptables, agents immobiliers, agents de voyages, architectes, diagnostiqueurs, intermédiaires en assurance et en banque. Pour les autres indépendants, micro-entrepreneurs compris, elle reste facultative en droit, même si de nombreux clients la demandent. Dans le bâtiment, l'assurance imposée par la loi est la garantie décennale, dont le défaut est puni par l'article L. 243-3 du code des assurances d'une peine pouvant aller jusqu'à 6 mois d'emprisonnement et 75 000 € d'amende, ou de l'une de ces deux peines seulement.
Ce que couvre une RC Pro, et ce qui relève d'autres contrats
La RC Pro prend en charge les conséquences financières des dommages que vous causez à un tiers, le plus souvent un client, dans le cadre de votre activité : dommage corporel, matériel ou immatériel. Une erreur de conseil qui fait perdre de l'argent à un client, un appareil abîmé pendant une intervention ou une réaction cutanée après un soin esthétique relèvent de cette logique, dans la limite des plafonds et exclusions du contrat.
Quatre notions sont souvent confondues sur les devis d'assureurs :
- RC Pro : dommages causés aux clients ou aux tiers du fait de la prestation elle-même (erreur, oubli, mauvais conseil, malfaçon hors bâtiment).
- RC exploitation : dommages causés à des tiers pendant l'exercice de l'activité, indépendamment de la qualité de la prestation (un visiteur qui chute dans votre local, un dégât chez un voisin). Beaucoup de contrats l'associent à la RC Pro dans une même police.
- Multirisque professionnelle : protège vos propres biens (local, matériel, stock) contre l'incendie, le dégât des eaux ou le vol, et peut inclure une perte d'exploitation. Selon la fiche Service Public sur l'assurance du micro-entrepreneur, l'assurance du local est généralement exigée par le bail.
- Garantie décennale : couvre pendant 10 ans les dommages qui compromettent la solidité d'un ouvrage ou le rendent impropre à sa destination. Elle ne concerne que les constructeurs, et c'est elle, pas la RC Pro, que la loi impose dans le bâtiment.
Les professions pour lesquelles une assurance de responsabilité est obligatoire
Aucun texte général n'impose la RC Pro à toutes les entreprises. L'obligation naît d'un texte propre à chaque profession. Voici celles dont nous avons vérifié le fondement, avec la référence à consulter :
- Professionnels de santé exerçant à titre libéral : article L. 1142-2 du code de la santé publique, issu de la loi n° 2002-303 du 4 mars 2002. L'article L. 1142-25 du même code punit le défaut d'assurance de 45 000 € d'amende.
- Avocats : article 27 de la loi n° 71-1130 du 31 décembre 1971. L'assurance de chaque avocat membre d'un barreau doit être justifiée, par le barreau, par l'avocat ou par les deux.
- Experts-comptables : article 17 de l'ordonnance n° 45-2138 du 19 septembre 1945, précisé par le décret n° 2002-208 du 12 février 2002.
- Agents immobiliers, administrateurs de biens et syndics : article 3 de la loi n° 70-9 du 2 janvier 1970, dite loi Hoguet. La carte professionnelle, délivrée par la CCI pour 3 ans, suppose une assurance RC Pro et, pour la gestion, le syndic ou les transactions avec maniement de fonds, une garantie financière d'au moins 30 000 € les 2 premières années puis 110 000 € (fiche Service Public F32994).
- Opérateurs de voyages et de séjours : article L. 211-18 du code du tourisme. L'immatriculation auprès d'Atout France exige une garantie financière et une assurance RC Pro.
- Architectes : article 16 de la loi n° 77-2 du 3 janvier 1977. Une attestation d'assurance est remise chaque année au conseil régional de l'ordre ; l'architecte salarié est couvert par son employeur.
- Diagnostiqueurs immobiliers : article L. 271-6 du code de la construction et de l'habitation.
- Intermédiaires d'assurance (courtiers, agents) : article L. 512-6 du code des assurances, sauf lorsque l'assureur ou l'entité pour laquelle ils agissent prend en charge leur responsabilité.
- Intermédiaires en opérations de banque et en services de paiement : article L. 519-3-4 du code monétaire et financier. Quand ils agissent pour le compte d'un établissement de crédit ou de paiement, c'est le mandant qui couvre leur responsabilité ; dans les autres cas, ils s'assurent eux-mêmes.
D'autres professions réglementées ont leurs propres régimes. Si vous devenez mandataire indépendant pour une agence, la question se pose différemment, car c'est le titulaire de la carte qui porte l'obligation de la loi Hoguet ; notre article sur le statut de mandataire immobilier indépendant détaille ce montage.
Le bâtiment : l'obligation porte sur la décennale, pas sur la RC Pro
Dans la construction, l'assurance de responsabilité imposée à l'entrepreneur par le code des assurances est la décennale. L'article L. 241-1 du code des assurances oblige toute personne physique ou morale dont la responsabilité peut être engagée sur le fondement des articles 1792 et suivants du code civil à être couverte par une assurance. L'article 1792-1 du code civil répute constructeur tout architecte, entrepreneur, technicien ou autre personne liée au maître de l'ouvrage par un contrat de louage d'ouvrage.
Concrètement, selon la fiche Service Public sur la garantie décennale des constructeurs, vérifiée le 10 avril 2026, sont concernés les entrepreneurs, artisans, architectes et micro-entrepreneurs qui réalisent des travaux de construction, d'extension ou de rénovation touchant la solidité de l'ouvrage ou ses éléments indissociables. Les règles pratiques à retenir :
- Moment de la souscription : le contrat doit être souscrit avant l'ouverture du chantier ; l'article L. 241-1 impose de justifier de l'assurance à l'ouverture de tout chantier.
- Durée de couverture : 10 ans à compter de la réception des travaux par le maître de l'ouvrage.
- Attestation : depuis la loi n° 2015-990 du 6 août 2015, l'article L. 243-2 du code des assurances prévoit que l'attestation d'assurance est jointe aux devis et factures. Son contenu minimal suit le modèle fixé par l'arrêté du 5 janvier 2016, applicable aux attestations délivrées à partir du 1er juillet 2016.
- Sanction pénale : l'article L. 243-3 du code des assurances punit le défaut d'assurance d'une peine pouvant aller jusqu'à 6 mois d'emprisonnement et 75 000 € d'amende, ou de l'une de ces deux peines seulement. L'exception vise la personne physique qui construit un logement pour l'occuper elle-même ou le faire occuper par sa famille proche.
- Refus des assureurs : l'article L. 243-4 permet de saisir le Bureau central de tarification, qui fixe la prime que l'assureur est tenu d'accepter.
Tous les travaux ne déclenchent pas la décennale : la frontière dépend de leur nature exacte, à valider avec l'assureur, car une activité non déclarée au contrat n'est pas couverte.
Micro-entrepreneur : le statut ne dispense d'aucune obligation
Le régime de la micro-entreprise est un régime fiscal et social : il ne modifie pas les règles d'exercice d'un métier. La fiche Service Public consacrée à l'assurance du micro-entrepreneur, vérifiée le 7 juillet 2026, fait dépendre les obligations de l'activité exercée, et non du statut. Un électricien en micro-entreprise doit la décennale comme un électricien en SARL, et un diagnostiqueur immobilier doit sa RC Pro quel que soit son chiffre d'affaires, qu'il réalise 5 000 € ou 83 600 € de recettes.
Créer une micro-entreprise reste gratuit au guichet unique, sans frais légaux ; la question de l'assurance se pose avant le premier chantier ou le premier client, pas au moment de l'immatriculation. Si vous passez par un accompagnement comme notre offre de création d'auto-entreprise (49 € HT d'honoraires, 0 € de frais légaux), l'assurance reste à souscrire de votre côté auprès d'un assureur ou d'un courtier.
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Facultative en droit, souvent exigée en pratique
Pour la majorité des métiers de services (consultant, graphiste, rédacteur, développeur, coach, formateur), aucun texte n'impose la RC Pro. Le constat de terrain est pourtant que l'assurance est fréquemment demandée, pour plusieurs raisons :
- Clients professionnels : des entreprises clientes et des sociétés de conseil demandent une attestation d'assurance avant de signer, et certains contrats de sous-traitance en font une condition.
- Plateformes de mise en relation : certaines conditionnent l'inscription ou l'accès à des missions à la fourniture d'une attestation. Les règles varient d'une plateforme à l'autre et évoluent : lisez leurs conditions générales.
- Marchés publics : dans la construction, le deuxième alinéa de l'article L. 241-1 du code des assurances impose à tout candidat à un marché public de pouvoir justifier de sa décennale.
- Bailleurs : un bail commercial ou professionnel peut imposer au preneur une clause d'assurance.
Même sans exigence extérieure, l'absence d'assurance signifie qu'une indemnisation due à un client est payée sur la trésorerie de l'entreprise. Prévoyez aussi ce point dans vos contrats : des CGV de prestations de service bien construites encadrent votre responsabilité, sans jamais remplacer une assurance.
Combien coûte une RC Pro : les facteurs qui font le prix
Nous ne donnons pas de fourchette de prix : aucune source publique et neutre ne publie de barème, et un tarif n'a de sens que pour un profil donné. Ce qui fait varier la prime :
- Activité déclarée : un métier technique ou à dommage potentiel élevé coûte plus cher qu'une activité intellectuelle à faible risque. Dans le bâtiment, la décennale pèse souvent davantage que la RC Pro.
- Chiffre d'affaires : la plupart des assureurs l'utilisent comme base de calcul, en déclaratif annuel.
- Plafonds de garantie : montant maximal pris en charge par sinistre et par année d'assurance.
- Franchise : plus elle est élevée, plus la prime baisse, mais plus vous payez à chaque sinistre.
- Antécédents : sinistres passés et ancienneté dans le métier.
Deux règles à connaître. D'abord, un contrat d'assurance professionnelle se résilie en principe à son échéance annuelle, en respectant le préavis prévu au contrat ; la résiliation à tout moment après un an, dite loi Hamon, est réservée aux contrats souscrits en dehors de l'activité professionnelle. Ensuite, en cas de refus d'assurance, la décennale bénéficie d'un recours simple : un seul refus suffit pour saisir le Bureau central de tarification (article L. 243-4 du code des assurances), qui se prononce sous 3 mois. Pour les autres assurances obligatoires, tout dépend du texte propre à la profession.
Les mentions obligatoires sur les devis et factures
Trois textes distincts s'appliquent selon votre situation. Ils ne se cumulent pas tous : l'un d'eux exclut expressément les professionnels soumis à l'assurance décennale.
- Artisans et micro-entrepreneurs dont l'assurance est obligatoire : l'article L. 132-1 du code de l'artisanat, issu de l'ordonnance n° 2023-208 du 28 mars 2023, impose aux entreprises immatriculées au registre national des entreprises dans le secteur des métiers et de l'artisanat, ainsi qu'aux micro-entrepreneurs, d'indiquer sur chaque devis et chaque facture l'assurance professionnelle souscrite lorsqu'elle est obligatoire pour leur métier, les coordonnées de l'assureur ou du garant et la couverture géographique du contrat. Cette règle reprend l'obligation créée par la loi n° 2014-626 du 18 juin 2014, dite loi Pinel, qui figurait à l'article 22-2 de la loi du 5 juillet 1996, abrogé depuis le 1er juillet 2023.
- Professionnels soumis à la décennale : l'article L. 132-1 ne leur est pas applicable. Pour eux, l'article L. 243-2 du code des assurances prévoit que l'attestation d'assurance, conforme au modèle de l'arrêté du 5 janvier 2016, est jointe aux devis et factures.
- Tout prestataire de services face à un consommateur : l'article R. 111-2 du code de la consommation, pris pour l'application de l'article L. 111-2, prévoit la communication de l'éventuelle garantie financière ou assurance de responsabilité professionnelle souscrite, des coordonnées de l'assureur ou du garant et de la couverture géographique du contrat.
Ces informations s'ajoutent aux mentions générales d'un devis et d'une facture (identité, numéro SIREN, prix, TVA ou mention de franchise). Notre checklist de lancement d'activité permet de ne pas oublier cette étape avant la première facture.
Check-list : mon activité impose-t-elle une assurance ?
Ces questions servent à orienter votre vérification, pas à trancher votre cas. La réponse définitive vient du texte applicable à votre profession, de l'organisme qui la réglemente ou d'un professionnel habilité.
- Mon métier relève-t-il d'un ordre ou d'une carte professionnelle ? Santé, droit, chiffre, architecture, immobilier : un texte impose presque toujours une assurance, à vérifier auprès de l'ordre ou de l'autorité qui délivre la carte.
- Dois-je être immatriculé sur un registre spécial ? Atout France pour les voyages, l'article L. 211-18 du code du tourisme lie l'immatriculation à une assurance ; pour les intermédiaires en assurance et en banque, les articles L. 512-6 du code des assurances et L. 519-3-4 du code monétaire et financier imposent de pouvoir justifier à tout moment de sa couverture.
- Mes travaux touchent-ils la solidité d'un ouvrage ou un équipement indissociable ? Si oui, la décennale est probablement due avant l'ouverture du chantier, avec une attestation valable pendant 10 ans après réception.
- Suis-je artisan ou micro-entrepreneur avec une assurance obligatoire ? Alors l'article L. 132-1 du code de l'artisanat impose la mention sur chaque devis et chaque facture.
- Mes clients, une plateforme ou mon bailleur demandent-ils une attestation ? L'obligation est alors contractuelle : sans elle, le contrat ne se signe pas.
Questions fréquentes
La RC Pro n'est obligatoire pour un auto-entrepreneur que si son métier fait partie des professions pour lesquelles un texte l'impose, par exemple les agents immobiliers (loi du 2 janvier 1970), les diagnostiqueurs (article L. 271-6 du code de la construction et de l'habitation) ou les professionnels de santé libéraux (article L. 1142-2 du code de la santé publique). Le régime de la micro-entreprise ne crée ni obligation supplémentaire ni dispense.
Une assurance de responsabilité professionnelle est notamment obligatoire pour 9 catégories dont le texte est identifié : professionnels de santé libéraux, avocats, experts-comptables, agents immobiliers et administrateurs de biens, opérateurs de voyages, architectes, diagnostiqueurs immobiliers, intermédiaires d'assurance et intermédiaires en opérations de banque. D'autres professions réglementées ont leurs propres régimes.
Oui, l'assurance décennale est obligatoire pour un auto-entrepreneur du bâtiment dont la responsabilité peut être engagée au titre des articles 1792 et suivants du code civil, exactement comme pour une société. Le défaut d'assurance est puni par l'article L. 243-3 du code des assurances d'une peine pouvant aller jusqu'à 6 mois d'emprisonnement et 75 000 € d'amende, ou de l'une de ces deux peines seulement.
L'assurance doit figurer sur les devis et factures des artisans et micro-entrepreneurs dont l'assurance est obligatoire, avec les coordonnées de l'assureur et la couverture géographique, en application de l'article L. 132-1 du code de l'artisanat. Les professionnels soumis à la décennale joignent quant à eux l'attestation d'assurance à leurs devis et factures, selon l'article L. 243-2 du code des assurances.
Le prix d'une RC Pro n'a pas de barème public : il dépend de l'activité déclarée, du chiffre d'affaires, du plafond de garantie, de la franchise et des antécédents. Pour comparer, demandez au moins 2 ou 3 devis sur des bases identiques, avec le même plafond par sinistre et la même liste d'activités couvertes.
Pour la décennale, un seul refus d'un assureur suffit à saisir le Bureau central de tarification (article L. 243-4 du code des assurances), qui statue dans un délai de 3 mois et fixe la prime moyennant laquelle l'assureur sollicité est tenu de garantir le risque. Pour les autres assurances obligatoires, les conditions dépendent du texte applicable.
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