Lancer son activité d'indépendant ne se résume pas à l'immatriculation : il faut aussi choisir le bon régime fiscal, ouvrir un compte dédié, s'assurer, respecter les mentions obligatoires sur les devis et factures, puis décrocher ses premiers clients. Cette checklist chronologique reprend chaque étape, avant, pendant et après la création, avec les délais réels et les seuils 2026 à connaître.
Avant l'immatriculation : valider son projet et choisir son statut
Avant tout dépôt de dossier, deux étapes conditionnent la suite : vérifier que le projet tient économiquement, et choisir la structure juridique adaptée à l'activité et au chiffre d'affaires visé.
- Étape 1 : rédiger un business plan simplifié, même sur 3 à 5 pages, pour chiffrer le chiffre d'affaires prévisionnel, les charges fixes et le seuil de rentabilité.
- Étape 2 : choisir le statut juridique. La micro-entreprise convient tant que le chiffre d'affaires reste sous 83 600 € pour les prestations de services et professions libérales (BNC), ou 203 100 € pour la vente de marchandises et l'activité mixte (plafond 2026). Au-delà, ou pour limiter la responsabilité et optimiser la fiscalité, une société (SASU, EURL) devient pertinente.
- Étape 3 : vérifier si l'activité est réglementée (artisanat nécessitant un diplôme ou 3 ans d'expérience, professions de santé, agents immobiliers) : cela conditionne les justificatifs à fournir lors de l'immatriculation.
- Étape 4 : choisir un nom commercial et vérifier sa disponibilité (INPI, Infogreffe) avant de l'utiliser sur des supports de communication.
Immatriculation au guichet unique INPI : les étapes et délais
Depuis 2023, toutes les formalités de création passent par le guichet unique de l'INPI (procedures.inpi.fr), qui remplace les anciens CFE. Le dossier est ensuite transmis automatiquement au greffe compétent.
- Étape 5 : créer son dossier sur le guichet unique INPI avec les pièces justificatives (pièce d'identité, justificatif de domicile, attestation de non-condamnation, diplôme si activité réglementée).
- Étape 6 : déposer le dossier en ligne. Pour une micro-entreprise, le numéro SIREN est généralement délivré en 1 à 3 jours ouvrés une fois le dossier complet. Pour une société (SASU, SARL), comptez plutôt 5 à 15 jours ouvrés selon le greffe et la période.
- Étape 7 : surveiller sa messagerie guichet unique : toute demande de pièce complémentaire ajoute en moyenne 1 à 2 semaines de délai supplémentaire, d'où l'intérêt d'un dossier complet dès le premier dépôt.
- Étape 8 : récupérer son extrait Kbis (société) ou son avis de situation SIRENE (micro-entreprise et entreprise individuelle) dès réception, indispensables pour ouvrir un compte bancaire professionnel.
Choisir son régime fiscal et social
Le régime fiscal et social se détermine en grande partie au moment de l'immatriculation et conditionne le montant des cotisations dès la première facture émise.
- Étape 9 : en micro-entreprise, opter ou non pour le versement libératoire de l'impôt sur le revenu (sous conditions de revenu fiscal de référence), qui permet de payer l'impôt en même temps que les cotisations sociales, au même taux chaque mois ou trimestre.
- Étape 10 : vérifier le seuil de la franchise en base de TVA, distinct des plafonds de chiffre d'affaires de la micro-entreprise : 37 500 € pour les prestations de services, 85 000 € pour la vente de marchandises. Au-delà, la TVA doit être facturée dès le mois de dépassement.
- Étape 11 : s'inscrire sur le portail autoentrepreneur.urssaf.fr pour déclarer son chiffre d'affaires mensuellement ou trimestriellement, dès le premier encaissement, même à 0 €.
Ouvrir un compte bancaire dédié à l'activité
Contrairement à une idée reçue, le compte bancaire professionnel n'est pas systématiquement obligatoire dès le premier euro facturé, mais les règles diffèrent selon l'activité et le chiffre d'affaires.
- Étape 12 : pour une activité de services classique, un compte bancaire personnel peut être utilisé au démarrage, à condition qu'il soit exclusivement réservé aux opérations professionnelles (aucune dépense personnelle dessus).
- Étape 13 : dès que le chiffre d'affaires dépasse 10 000 € pendant deux années civiles consécutives, l'ouverture d'un compte dédié devient obligatoire, avec un délai de 12 mois pour s'exécuter.
- Étape 14 : pour une activité commerciale (vente de marchandises, restauration, e-commerce), le compte séparé est obligatoire dès le premier jour d'activité, quel que soit le chiffre d'affaires.
- Étape 15 : demander un compte mentionnant « Entrepreneur individuel » ou « EI », obligatoire depuis la réforme 2022 du statut de l'entrepreneur individuel qui sépare automatiquement patrimoine professionnel et personnel.
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Souscrire les assurances professionnelles nécessaires
L'assurance responsabilité civile professionnelle (RC Pro) n'est pas obligatoire pour toutes les activités, mais elle l'est pour un nombre significatif de métiers réglementés.
- Étape 16 : vérifier si son activité impose la RC Pro : c'est le cas notamment des métiers du bâtiment (plombier, électricien, menuisier), des professions de santé, des agents immobiliers et mandataires, des métiers du transport de personnes (VTC, taxi) et des activités sportives encadrées.
- Étape 17 : pour les activités du bâtiment, souscrire en plus l'assurance décennale, obligatoire avant le démarrage du premier chantier, sous peine de sanctions pénales en cas de sinistre non couvert.
- Étape 18 : même quand elle n'est pas obligatoire (conseil, graphisme, community management), la RC Pro reste fortement recommandée dès le premier client, car elle couvre les dommages causés dans le cadre de la prestation. Comptez généralement entre 150 et 600 € par an selon l'activité et le niveau de garantie.
- Étape 19 : en cas de doute sur l'obligation applicable à son activité, se renseigner directement auprès du guichet unique ou de sa fédération professionnelle avant de facturer.
Mentions légales sur devis et factures : ne rien oublier
Chaque devis accepté et chaque facture émise doit comporter un socle de mentions obligatoires, sous peine d'amende en cas de contrôle et de litige avec le client.
- Étape 20 : reprendre systématiquement les mentions obligatoires (identité, SIRET, numérotation, TVA le cas échéant, pénalités de retard) sur chaque devis et facture, dès la première mission : le détail complet des 8 mentions à vérifier est disponible dans le guide dédié au modèle de devis.
- Étape 21 : anticiper la facturation électronique dès maintenant : réception obligatoire pour toutes les entreprises au 1er septembre 2026, émission obligatoire pour les micro-entreprises au 1er septembre 2027.
Trouver ses premiers clients et se faire connaître
Une fois les formalités bouclées, la priorité devient commerciale : sans client dans les premières semaines, la trésorerie se tend rapidement, surtout en micro-entreprise où les cotisations sont dues dès le premier encaissement.
- Étape 25 : activer son réseau existant (anciens collègues, entourage professionnel) avant tout démarchage à froid : la majorité des premières missions d'un indépendant proviennent du bouche-à-oreille et des recommandations directes.
- Étape 26 : créer ou mettre à jour ses profils professionnels (LinkedIn, annuaires du secteur, fiche établissement Google) avec une offre claire et un tarif ou une fourchette indicative.
- Étape 27 : proposer une offre de lancement limitée dans le temps, 2 à 4 semaines en général, (tarif réduit ou format court) pour transformer les premiers contacts en clients tout en collectant des avis et témoignages.
- Étape 28 : demander systématiquement un avis ou une recommandation après chaque première mission réussie : c'est souvent le levier le plus rapide pour obtenir le client suivant sans effort de prospection supplémentaire.
Mettre en place ses outils de gestion au quotidien
Au-delà des démarches ponctuelles, quelques outils permettent de tenir la comptabilité et le suivi administratif sans y consacrer plusieurs heures par semaine.
- Étape 29 : choisir un outil de facturation (tableur simple au démarrage, puis logiciel dédié) qui génère automatiquement les mentions obligatoires et numérote les factures dans l'ordre.
- Étape 30 : tenir un livre des recettes à jour, obligatoire pour tout micro-entrepreneur, mentionnant date, montant et nature de chaque encaissement.
- Étape 31 : bloquer une date fixe chaque mois ou trimestre pour la déclaration de chiffre d'affaires URSSAF, afin d'éviter tout oubli générateur de pénalité.
- Étape 32 : mettre de côté entre 21 % et 24 % du chiffre d'affaires encaissé (selon l'activité) pour couvrir les cotisations sociales et anticiper l'impôt si le versement libératoire n'a pas été choisi.
Questions fréquentes
Une fois le dossier complet déposé sur le guichet unique INPI, le numéro SIREN d'une micro-entreprise est généralement délivré en 1 à 3 jours ouvrés. Un justificatif d'immatriculation provisoire peut même être obtenu en 48 heures. Toute demande de pièce complémentaire par le guichet unique rallonge ce délai d'environ 1 à 2 semaines.
Pas systématiquement. Pour une activité de services, un compte personnel dédié exclusivement à l'activité suffit tant que le chiffre d'affaires reste sous 10 000 € pendant deux années civiles consécutives. Au-delà de ce seuil, l'ouverture d'un compte dédié devient obligatoire, avec un délai de 12 mois. Pour une activité commerciale (vente, restauration, e-commerce), le compte séparé est en revanche obligatoire dès le premier jour.
Non, elle n'est obligatoire que pour certaines activités réglementées : métiers du bâtiment, professions de santé, agents immobiliers, transport de personnes (VTC, taxi) et activités sportives encadrées. Pour les autres activités (conseil, graphisme, community management, rédaction), elle n'est pas légalement imposée mais reste fortement recommandée dès la première prestation facturée, car elle couvre les dommages causés au client.
Une facture doit comporter le nom suivi de « entrepreneur individuel » ou « EI », le SIRET, l'adresse professionnelle, les coordonnées du client, un numéro de facture unique, la date, le détail de la prestation et son prix. En franchise de TVA, la mention « TVA non applicable, article 293 B du CGI » doit apparaître, avec une tolérance d'usage jusqu'au 31 décembre 2027 pour la mise à jour de cette référence légale.
À partir du 1er septembre 2026, tout indépendant doit être en mesure de recevoir des factures électroniques via une plateforme agréée. L'obligation d'émettre ses propres factures au format électronique pour les opérations B2B suit à partir du 1er septembre 2027 pour les micro-entreprises.
Ressources utiles
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