La micro-entreprise, ou auto-entreprise, coûte le moins tant que vos charges réelles restent faibles, parce que ses cotisations sont calculées sur le chiffre d'affaires, y compris sur l'argent que vous dépensez ; l'EURL au régime réel cotise sur le bénéfice et devient moins chère quand vos frais pèsent lourd. Le seuil n'est donc pas un chiffre d'affaires mais un taux de charges : dans notre exemple simplifié d'un consultant à 60 000 € de recettes, l'EURL ne passe devant qu'au-delà d'environ 10 500 € de charges, soit 17,5 % du chiffre d'affaires, et plus tard encore une fois ses frais de comptabilité comptés.
Ce qui sépare vraiment les deux : cotiser sur le chiffre d'affaires ou sur le bénéfice
Le micro-entrepreneur paie ses cotisations sociales à un taux fixe appliqué à son chiffre d'affaires encaissé, sans pouvoir déduire la moindre dépense. En 2026, les taux de l'URSSAF sont les suivants :
- Vente de marchandises et hébergement : 12,3 % du chiffre d'affaires ;
- Prestations de services commerciales ou artisanales (BIC) : 21,2 % ;
- Professions libérales réglementées relevant de la Cipav (BNC) : 23,2 % ;
- Autres activités libérales (BNC, régime général) : 25,6 %, auxquels s'ajoute la contribution à la formation professionnelle (0,1 % pour un commerçant, 0,3 % pour un artisan, 0,2 % pour un libéral).
Le gérant associé unique d'une EURL est un travailleur non salarié : il cotise au barème des indépendants sur son revenu professionnel, c'est-à-dire, à l'impôt sur le revenu, sur le bénéfice réel après déduction des charges. Ce barème est plus lourd que celui de la micro rapporté à une même assiette, mais il porte sur une assiette plus petite dès que les charges sont importantes.
Autre différence décisive les années creuses : sans chiffre d'affaires, le micro-entrepreneur ne paie aucune cotisation, alors que le gérant d'EURL doit des cotisations minimales. Le simulateur officiel de l'URSSAF les chiffre à environ 1 248 € par an pour un gérant d'EURL sans revenu en 2026.
Exemple chiffré : un consultant à 60 000 € de chiffre d'affaires
Pour rendre la comparaison concrète, voici un calcul volontairement simplifié. Hypothèses : activité libérale non réglementée (25,6 % en micro, plus 0,2 % de formation professionnelle), entreprise créée en 2024, donc sans ACRE ni régularisation de première année, établissement dans le Rhône, EURL à l'impôt sur le revenu ayant opté pour la déclaration contrôlée. Les cotisations de l'EURL sont celles du simulateur officiel de l'URSSAF (mon-entreprise.urssaf.fr), consulté le 16 octobre 2026. Le résultat affiché est ce qui reste après charges et cotisations, avant impôt sur le revenu.
En micro-entreprise, les cotisations ne dépendent pas des charges : 60 000 × 25,8 % = 15 480 €, soit 15 360 € de cotisations et 120 € de formation professionnelle. Il reste 60 000 € moins les charges moins 15 480 €. En EURL, les cotisations portent sur 60 000 € moins les charges :
- 5 000 € de charges (8 % du CA) : micro 39 520 € ; EURL 37 674 € (17 326 € de cotisations). La micro l'emporte de 1 846 €.
- 10 000 € de charges (17 %) : micro 34 520 € ; EURL 34 347 € (15 653 € de cotisations). Quasi-égalité, la micro garde 173 € d'avance.
- 15 000 € de charges (25 %) : micro 29 520 € ; EURL 30 999 € (14 001 € de cotisations). L'EURL l'emporte de 1 479 €.
- 25 000 € de charges (42 %) : micro 19 520 € ; EURL 24 445 € (10 555 € de cotisations). L'EURL l'emporte de 4 925 €.
Ces écarts ne comptent pas encore les frais propres à l'EURL : tenue de la comptabilité, dépôt des comptes, création plus chère. Si la comptabilité vous coûte 1 500 € par an, une hypothèse de calcul à remplacer par votre propre devis, l'EURL ne passe devant qu'autour de 15 000 € de charges, soit 25 % du chiffre d'affaires.
À partir de quel chiffre d'affaires ? Les plafonds 2026 tranchent parfois à votre place
Tant que vous restez sous les plafonds, le choix vous appartient. Selon impots.gouv.fr, les seuils du régime micro sont fixés pour 2026 à 2028 à 83 600 € de chiffre d'affaires pour les prestations de services et les recettes BNC, et à 203 100 € pour les ventes de marchandises et l'hébergement. Si ces seuils sont dépassés deux années civiles de suite, le régime réel s'impose à partir du 1er janvier suivant, quelle que soit la forme juridique ; un dépassement isolé ne fait pas sortir du régime micro.
Sous ces plafonds, le chiffre d'affaires compte surtout par le poids qu'y prennent les frais fixes de l'EURL. Dans les mêmes hypothèses que l'exemple :
- À 30 000 € de chiffre d'affaires : avec 3 000 € de charges, la micro garde 101 € d'avance (19 260 € contre 19 159 €) ; avec 9 000 €, soit 30 %, l'EURL passe devant de 1 607 € (14 867 € contre 13 260 €). Avec 1 500 € de comptabilité, c'est autour de ce taux de 30 % que l'EURL devient rentable.
- À 60 000 € de chiffre d'affaires : équilibre vers 17,5 % de charges avant comptabilité, vers 25 % avec 1 500 € de comptabilité.
- Au-delà de 83 600 € de services ou 203 100 € de ventes deux années de suite : la micro n'est plus possible, la question devient entreprise individuelle au réel, EURL ou SASU.
Le fonctionnement exact des plafonds, et ce qui se passe l'année où vous les dépassez, est détaillé dans notre article sur les plafonds auto-entrepreneur 2026.
L'impôt sur le revenu : abattement forfaitaire de 34 à 71 % contre charges réelles
En micro, l'impôt est calculé sur le chiffre d'affaires diminué d'un abattement forfaitaire : 71 % pour la vente, 50 % pour les prestations commerciales ou artisanales, 34 % pour les activités libérales. Pour notre consultant à 60 000 €, le revenu imposable est de 60 000 × 66 %, soit 39 600 €, que ses charges réelles soient de 5 000 € ou de 25 000 €.
En EURL à l'impôt sur le revenu au régime réel, c'est le bénéfice réel qui est imposé. Avec 15 000 € de charges, il s'établit à environ 32 200 € selon le simulateur de l'URSSAF, la part non déductible de la CSG et de la CRDS s'ajoutant au revenu net de 30 999 €, contre 39 600 € imposables en micro. L'avantage de l'EURL sur les charges joue donc deux fois : sur les cotisations et sur l'impôt.
L'EURL peut aussi opter pour l'impôt sur les sociétés, une option révocable jusqu'au cinquième exercice selon impots.gouv.fr :
- Taux de l'IS : 15 % jusqu'à 42 500 € de bénéfice, 25 % au-delà, pour une société dont le chiffre d'affaires ne dépasse pas 10 M€ et dont le capital, entièrement libéré, est détenu à 75 % au moins par des personnes physiques ;
- Rémunération du gérant : déductible du résultat de la société, elle supporte les cotisations des indépendants ;
- Dividendes : pour un gérant majoritaire, la fraction qui dépasse 10 % du capital social, des primes d'émission et des sommes en compte courant est soumise aux cotisations sociales, rappelle Bpifrance Création.
Vous créez votre société ?
Statuts générés à partir de modèles types, dépôt au guichet unique sous 48 h ouvrées une fois le dossier complet et suivi jusqu'au Kbis, pour 99 € HT plus les frais légaux.
TVA : la même franchise de 37 500 € pour les deux statuts
La franchise en base de TVA n'est pas réservée à la micro-entreprise. impots.gouv.fr indique qu'une EURL dont le chiffre d'affaires reste sous les seuils de la franchise ne facture pas de TVA, avec la mention « TVA non applicable », et ne récupère pas celle de ses achats. Les seuils 2026 sont identiques pour les deux statuts :
- Prestations de services : 37 500 €, avec un seuil de tolérance de 41 250 € ;
- Ventes de marchandises : 85 000 €, avec un seuil de tolérance de 93 500 €.
Notre consultant à 60 000 € facture donc la TVA dans les deux cas : elle ne départage pas les statuts. Le détail des seuils et du basculement est dans notre article sur la franchise de TVA en 2026.
Création et obligations : 58,80 € contre 323,53 €, livre des recettes contre bilan
Créer une micro-entreprise est gratuit au guichet unique : aucun frais légal. Créer une EURL impose une annonce légale de constitution et l'immatriculation. Avec WiseStart, les montants sont les suivants :
- Micro-entreprise : 49 € HT d'honoraires, soit 58,80 € TTC, et 0 € de frais légaux.
- EURL : 99 € HT d'honoraires, soit 118,80 € TTC, plus 204,73 € de frais légaux : 148,80 € d'annonce légale de constitution (forfait réglementé de 124 € HT, TVA du journal comprise) et 55,93 € d'immatriculation. Total : 323,53 € TTC.
Le capital social de l'EURL n'est pas un coût : il reste la propriété de la société, et son montant est libre, comme l'explique notre article sur l'EURL sans apport.
Les obligations courantes creusent l'écart :
- Micro-entreprise : déclaration du chiffre d'affaires chaque mois ou chaque trimestre à l'URSSAF, avec une pénalité de 60,1 € par déclaration manquante selon Entreprendre Service Public ; livre des recettes, et registre des achats pour une activité de vente.
- EURL : comptabilité complète, comptes annuels approuvés par l'associé unique dans les 6 mois de la clôture, puis déposés au greffe dans le mois, ou dans les 2 mois en cas de dépôt en ligne, pour 44,14 € de frais de greffe ; déclaration de résultat et déclaration sociale des revenus chaque année.
Protection du patrimoine : un argument affaibli depuis le 15 mai 2022
On choisissait souvent l'EURL pour protéger ses biens personnels. Depuis le 15 mai 2022, date d'entrée en vigueur de la loi n° 2022-172 du 14 février 2022, l'entrepreneur individuel, micro-entrepreneur compris, bénéficie d'une séparation automatique entre patrimoine professionnel et patrimoine personnel, sans aucune formalité, selon Entreprendre Service Public. Ses créanciers professionnels ne peuvent en principe saisir que les biens professionnels, et sa résidence principale est protégée.
- Limites côté micro : l'administration fiscale et les organismes sociaux conservent des droits plus larges en cas de manœuvres frauduleuses ou de manquements graves et répétés, et un créancier peut demander par écrit une renonciation à la protection.
- Limites côté EURL : la responsabilité est limitée aux apports, mais une banque peut exiger la caution personnelle du gérant pour un prêt, ce qui l'engage sur ses biens.
La protection n'est donc plus, à elle seule, une raison de passer en société. Les autres critères de passage, crédibilité, associés futurs, rémunération, sont analysés dans notre article quand passer de l'auto-entrepreneur à la société.
Questions fréquentes
Il n'existe pas de seuil de chiffre d'affaires unique : tout dépend de vos charges réelles. Dans un exemple simplifié d'activité libérale à 60 000 € de recettes, calculé avec le simulateur de l'URSSAF en 2026, l'EURL au régime réel devient moins chère que la micro au-delà d'environ 10 500 € de charges (17,5 % du chiffre d'affaires), et autour de 15 000 € si la comptabilité coûte 1 500 € par an. À 30 000 € de recettes, il faut environ 30 % de charges pour couvrir ces 1 500 €. Avec peu de charges, la micro reste la moins coûteuse.
Fiscalement oui, socialement non. Selon impots.gouv.fr, une EURL dont l'associé unique est une personne physique relève par défaut de l'impôt sur le revenu et du régime micro, sous les seuils de 83 600 € pour les services et 203 100 € pour les ventes, sauf option pour le réel. En revanche, le gérant cotise toujours au barème des travailleurs indépendants, jamais au taux forfaitaire sur le chiffre d'affaires du micro-entrepreneur.
Les frais légaux d'une création d'EURL sont de 204,73 € en 2026 : 148,80 € pour l'annonce légale de constitution, forfait réglementé de 124 € HT TVA comprise, et 55,93 € d'immatriculation. Avec WiseStart, s'ajoutent 99 € HT d'honoraires, soit 118,80 € TTC, pour un total de 323,53 € TTC. Le capital social versé n'est pas un frais : il reste la propriété de la société.
Oui. Le gérant associé unique d'une EURL, travailleur indépendant, doit des cotisations minimales même sans revenu : le simulateur officiel de l'URSSAF les estime à environ 1 248 € pour une année 2026 sans revenu. Un micro-entrepreneur qui n'encaisse rien, à l'inverse, ne paie aucune cotisation, puisque celles-ci sont un pourcentage du chiffre d'affaires déclaré.
Non. La franchise en base de TVA s'applique aux deux statuts avec les mêmes seuils en 2026 : 37 500 € pour les prestations de services, avec une tolérance jusqu'à 41 250 €, et 85 000 € pour les ventes, avec une tolérance jusqu'à 93 500 €. Au-delà, la micro-entreprise comme l'EURL facturent la TVA et la reversent ; le choix du statut ne change rien sur ce point.
Oui, mais ce n'est pas une simple option à cocher : il faut créer l'EURL, avec ses frais légaux de 204,73 €, puis déclarer la cessation de l'entreprise individuelle au guichet unique de l'INPI. Le bon moment dépend surtout du poids de vos charges et de la proximité des plafonds de 83 600 € ou 203 100 €. Refaire une simulation sur vos chiffres réels de l'année écoulée permet d'éviter un passage trop précoce.
Ressources utiles
Créer votre EURL au prix affiché
WiseStart prépare vos statuts à partir de modèles types, dépose le dossier au guichet unique sous 48 h ouvrées une fois complet et suit l'immatriculation : 99 € HT d'honoraires et 204,73 € de frais légaux, sans supplément caché.
Créer mon EURL