Créer une Ltd en Angleterre depuis la France est parfaitement légal, coûte 100 £ et prend généralement 24 heures en ligne. Mais si vous la dirigez depuis la France, la convention fiscale franco-britannique en fait une société résidente de France : vous payez l'impôt en France, tout en gardant les obligations comptables britanniques. C'est ce décalage, et non le tarif de Companies House, qui décide si l'opération a un sens.

Ce que coûte réellement une Ltd la première année

Le registre britannique, Companies House, publie ses tarifs et les a relevés le 1er février 2026. L'immatriculation en ligne coûte 100 £, contre 124 £ par courrier. La déclaration annuelle obligatoire, le confirmation statement, coûte 50 £ par an en ligne et 110 £ sur papier. Changer de nom revient à 20 £, radier la société volontairement à 13 £.

Il n'y a aucun capital minimum, un seul actionnaire suffit, et il peut être le dirigeant. Une société privée britannique n'a pas besoin de secrétaire. Aucune condition de nationalité ni de résidence n'est imposée au dirigeant : un résident français peut être l'unique directeur d'une Ltd.

Budget minimal officiel d'une Ltd : 100 £ à la création, puis 50 £ par an. À comparer aux 225,93 € de frais légaux d'une SASU ou d'une SARL en France, et aux 400 $ par an de la seule taxe annuelle d'une LLC du Delaware. Le registre britannique est le moins cher des quatre.

Deux postes s'ajoutent en pratique et ne figurent dans aucun barème : l'adresse britannique et le comptable. Depuis le 4 mars 2024, le siège doit être une appropriate address, c'est-à-dire une adresse où le courrier parvient réellement à une personne agissant pour la société et où la remise peut être accusée. Une boîte postale n'est plus acceptée. L'adresse d'un prestataire reste possible s'il remplit ces conditions. Depuis la même date, toute société doit aussi fournir une adresse e-mail enregistrée, qui n'est pas publiée au registre.

Le délai réel : 24 heures pour le registre, pas pour l'entreprise

Companies House indique que les demandes en ligne sont traitées sous 24 heures, contre 8 à 10 jours pour un dossier postal. C'est le délai le plus court de toutes les destinations que nous documentons : 1 à 3 semaines pour une LLC américaine réellement opérationnelle, 4 à 10 semaines pour une société en Irlande ou à Dubaï, 6 à 12 semaines en Suisse.

Mais l'immatriculation n'est que la première étape. S'y ajoutent la vérification d'identité du dirigeant, l'enregistrement auprès de l'administration fiscale britannique, l'ouverture d'un compte bancaire et, si l'activité est exercée en France, l'immatriculation d'un établissement français. Aucune règle publique ne garantit l'ouverture d'un compte : chaque banque fixe ses propres critères d'entrée en relation.

La question qui décide de tout : où la société est-elle dirigée

Une société immatriculée au Royaume-Uni y est résidente fiscale d'office, par le seul fait de son immatriculation, et y est en principe imposée sur ses bénéfices mondiaux. C'est la règle rappelée par le manuel international de l'administration britannique.

Seulement, la France applique un autre critère. Si les décisions sont prises depuis la France, la société y a son siège de direction effective, et la France la considère comme résidente. Les deux pays revendiquent alors la même société. C'est la convention fiscale du 19 juin 2008 qui tranche, à son article 4, paragraphe 3 : lorsqu'une personne autre qu'une personne physique est résidente des deux États, « elle est considérée comme un résident seulement de l'État où son siège de direction effective est situé ».

Une Ltd pilotée depuis un bureau français, par un dirigeant qui vit en France, est donc résidente fiscale de France. Le droit britannique en tire lui-même les conséquences : la société devient treaty non-resident au sens de l'article 18 du Corporation Tax Act 2009, et n'est plus traitée comme résidente du Royaume-Uni. Le montage ne produit aucune économie d'impôt, il ajoute une administration.

Côté français, l'article 209, I du code général des impôts pose que l'impôt sur les sociétés frappe les bénéfices réalisés dans les entreprises exploitées en France. Selon la jurisprudence du Conseil d'État reprise par la doctrine fiscale, l'exploitation s'entend de l'exercice habituel d'une activité, que ce soit dans un établissement autonome, par des représentants sans personnalité professionnelle indépendante, ou au travers d'opérations formant un cycle commercial complet. Le lieu d'immatriculation n'entre pas dans cette définition.

Les taux britanniques, pour comparer honnêtement

L'impôt sur les sociétés britannique n'est pas un taux unique. Pour l'exercice 2026, le small profits rate est de 19 % jusqu'à 50 000 £ de bénéfice, le taux principal de 25 % au-delà de 250 000 £, et une décote progressive s'applique entre les deux, calculée avec une fraction de 3/200. Ces seuils sont divisés par le nombre de sociétés liées.

L'écart avec la France existe donc, mais il ne joue que pour une société réellement dirigée depuis le Royaume-Uni. Pour une société dirigée depuis la France, ce sont les règles françaises qui s'appliquent, et le taux britannique n'a aucun effet. C'est exactement le même raisonnement que pour une LLC comparée à une SASU : la comparaison des taux n'a de sens qu'à direction effective équivalente.

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Les obligations annuelles britanniques, même sans activité

Une Ltd dépose chaque année deux choses distinctes, à deux administrations différentes.

  • Les comptes annuels à Companies House : les premiers comptes sont dus 21 mois après l'immatriculation, puis 9 mois après la clôture de chaque exercice.
  • La déclaration fiscale (Company Tax Return) auprès de l'administration fiscale : 12 mois après la fin de l'exercice fiscal, mais l'impôt lui-même se paie plus tôt, 9 mois et 1 jour après la fin de l'exercice.
  • Le confirmation statement : une fois tous les 12 mois, 50 £.

Le retard de dépôt des comptes coûte cher et de façon automatique : 150 £ jusqu'à un mois de retard, 375 £ de un à trois mois, 750 £ de trois à six mois, 1 500 £ au-delà de six mois. Ces montants sont doublés si les comptes sont déposés en retard deux exercices de suite, et le défaut de dépôt est une infraction pénale pour laquelle le dirigeant peut être personnellement condamné.

Bonne nouvelle en revanche sur l'audit : une petite société britannique en est dispensée. Pour les exercices ouverts à compter du 6 avril 2025, il suffit de remplir 2 des 3 critères suivants : chiffre d'affaires net au plus 15 M£, bilan au plus 7,5 M£, 50 salariés au plus. C'est la différence majeure avec Hong Kong, où l'audit annuel est obligatoire dès le premier exercice, quelle que soit la taille.

Une échéance est à noter dès maintenant : à partir du 1er avril 2028, toutes les sociétés devront déposer leurs comptes via un logiciel commercial, les comptes abrégés disparaissent, et les petites sociétés devront transmettre leur compte de résultat à Companies House. Elles pourront demander qu'il ne soit pas publié au registre public.

Vérification d'identité, TVA et activité exercée en France

Depuis le 18 novembre 2025, l'identité des dirigeants et des bénéficiaires effectifs est vérifiée par Companies House. Sans code personnel, il est impossible d'immatriculer une société ou d'être nommé dirigeant. La vérification est gratuite en ligne, ou passe par un prestataire agréé depuis n'importe quel pays. Le détail de la procédure est traité dans notre article sur la vérification d'identité Companies House.

Côté TVA, l'enregistrement britannique devient obligatoire lorsque le chiffre d'affaires taxable dépasse 90 000 £ sur douze mois glissants, seuil en vigueur depuis le 1er avril 2024. C'est le seuil le plus élevé de l'OCDE avec la Suisse.

Enfin, une société étrangère qui exerce une activité en France doit y déclarer un établissement. Le guichet des formalités des entreprises transmet la déclaration aux organismes sociaux, au service des impôts des entreprises étrangères, à l'INPI pour le registre national des entreprises et au greffe pour l'inscription au registre du commerce et des sociétés. Deux formes existent : la succursale, qui exploite un fonds distinct sans autonomie juridique, et le bureau de liaison, réservé à des activités non commerciales de prospection, publicité, information ou stockage.

Dans quels cas une Ltd garde du sens

La Ltd redevient pertinente dès que l'activité est réellement britannique : des clients au Royaume-Uni, une équipe ou un bureau sur place, un dirigeant qui y réside, une marque qui a besoin d'une entité locale pour contracter. Dans ce cas, les 100 £ d'immatriculation, l'absence de capital minimum et la dispense d'audit en font l'une des structures les plus légères d'Europe.

Elle perd son intérêt dès lors que tout se passe en France : le client est français, le travail est fait en France, le dirigeant y vit. Une SASU ou une SARL coûte 99 € HT d'honoraires et 225,93 € de frais légaux chez WiseStart, sans obligation de déposer des comptes dans une seconde langue ni de suivre deux calendriers déclaratifs.

Si vous hésitez entre plusieurs pays, notre comparatif créer une société à l'étranger depuis la France reprend les coûts et les délais de chaque juridiction avec la même méthode.

Questions fréquentes

Oui. Aucune condition de nationalité ni de résidence n'est exigée du dirigeant ou de l'actionnaire d'une société privée britannique. Il faut en revanche une adresse de siège au Royaume-Uni, qui doit être une adresse réelle depuis le 4 mars 2024, une boîte postale étant exclue, et une adresse e-mail enregistrée auprès de Companies House. Le dirigeant doit aussi avoir fait vérifier son identité, une obligation entrée en vigueur le 18 novembre 2025.

Non. Si la société est dirigée depuis la France, l'article 4, paragraphe 3 de la convention franco-britannique du 19 juin 2008 la rend résidente de France, et le droit britannique la traite alors comme non résidente au titre de l'article 18 du Corporation Tax Act 2009. Les bénéfices d'une entreprise exploitée en France relèvent de l'impôt français en vertu de l'article 209, I du code général des impôts. Les taux britanniques de 19 % et 25 % ne s'appliquent qu'à une société réellement dirigée depuis le Royaume-Uni.

Pas si la société est petite. Pour les exercices ouverts à compter du 6 avril 2025, la dispense d'audit s'applique dès que 2 des 3 critères suivants sont remplis : chiffre d'affaires net au plus 15 M£, total de bilan au plus 7,5 M£, 50 salariés au plus. Des actionnaires détenant au moins 10 % du capital peuvent toutefois exiger un audit.

Les frais officiels sont de 100 £ d'immatriculation en ligne et 50 £ de déclaration annuelle, soit 150 £ pour la première année. S'y ajoutent une adresse de siège au Royaume-Uni, le comptable, et éventuellement un prestataire agréé pour la vérification d'identité si la vérification en ligne gratuite n'est pas possible. Aucun capital minimum n'est exigé.

Une pénalité automatique de 150 £ jusqu'à un mois de retard, 375 £ de un à trois mois, 750 £ de trois à six mois et 1 500 £ au-delà. Ces montants doublent en cas de retard deux exercices consécutifs. Le défaut de dépôt est par ailleurs une infraction pénale, pour laquelle le dirigeant peut être condamné personnellement.

Ressources utiles

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