Une LLC américaine et une SASU ne sont pas deux versions du même produit. La SASU est une société française conçue pour une activité exercée en France ; la LLC est une société américaine dont l'intérêt tient à un rattachement réel au marché américain. Créer une SASU revient à 344,73 € TTC et le dossier part au guichet unique sous 48 heures ouvrées, quand une LLC réellement opérationnelle demande 1 à 3 semaines et 50 à 150 $ d'agent enregistré chaque année. Dans la grande majorité des cas, la vraie question n'est donc pas de savoir laquelle est la meilleure, mais si l'activité a quoi que ce soit à faire aux États-Unis.
Pourquoi la comparaison est piégée dès le départ
Présenter la LLC et la SASU comme deux options interchangeables suppose qu'un entrepreneur pourrait choisir librement le pays de sa société pour la même activité. Ce n'est pas ce que dit le droit fiscal. L'article 209 du code général des impôts rattache l'imposition aux bénéfices tirés d'entreprises exploitées en France, et l'administration retient le siège de direction effective, c'est-à-dire le lieu où sont prises les décisions stratégiques, comme un critère de fait. Un dirigeant qui vit en France, qui y travaille et qui y décide de tout expose sa société américaine à une imposition française, quelle que soit l'adresse figurant sur le certificat de formation.
Le choix réel se joue donc en amont : où est le marché, où sont les clients, où est encaissé le chiffre d'affaires. Une activité de conseil auprès de clients français, une prestation facturée en euros à des entreprises françaises, une boutique livrant en France : ces situations appellent une société française, et le détour par une LLC n'y ajoute aucun avantage, seulement des obligations déclaratives supplémentaires des deux côtés de l'Atlantique. Nous détaillons ce cadre dans notre article sur la légalité d'une LLC quand on réside en France.
Ce qu'est chaque forme, point par point
Sur le papier, les deux formes partagent le même principe de base : la responsabilité des associés est limitée à leurs apports. Tout le reste diffère, y compris la manière dont la société existe juridiquement.
- Responsabilité : limitée aux apports dans les deux cas, c'est le seul point réellement commun.
- Capital social : 1 € suffit en SASU, le montant est libre et figure dans les statuts. La LLC n'a aucun capital social minimum ni même de notion de capital au sens français : les membres réalisent des apports inscrits dans des comptes de capital.
- Statuts : la SASU dépose des statuts français signés au guichet unique, qui deviennent opposables. La LLC fonctionne avec un operating agreement, contrat privé entre les membres, qui n'est déposé nulle part et n'est pas public.
- Immatriculation : guichet unique de l'INPI pour la SASU, avec attribution d'un SIREN et délivrance d'un Kbis. Pour la LLC, dépôt des articles of organization auprès du Secretary of State de l'État choisi, qui délivre un certificat de formation, sans équivalent du Kbis.
- Dirigeant : la SASU a un président, obligatoirement désigné. La LLC peut être member-managed ou manager-managed, la répartition étant fixée par l'operating agreement.
- Publicité légale : annonce légale obligatoire à la constitution en France, 170 €. Aucune annonce légale aux États-Unis, et dans certains États aucun registre public des membres.
Le régime social, la différence la plus structurelle
C'est le point qui sépare le plus nettement les deux formes, et celui que les comparatifs en ligne escamotent le plus souvent. Le président de SASU est affilié au régime général de la sécurité sociale en tant qu'assimilé salarié. Dès qu'il se verse une rémunération, il cotise comme un cadre : retraite de base et complémentaire, assurance maladie, invalidité, prévoyance. En contrepartie, le coût est élevé, de l'ordre de 76 % de charges rapportées au net versé, parts salariale et patronale confondues. Un dirigeant travailleur non salarié, en EURL par exemple, se situe plutôt autour de 45 % du bénéfice, mais avec une protection sociale moins étendue.
Le président de SASU ne cotise pas à l'assurance chômage et n'ouvre donc aucun droit auprès de France Travail au titre de son mandat. C'est la principale limite du statut, souvent présentée à tort comme un détail.
Une LLC, elle, ne crée par elle-même aucun droit social français. Elle ne génère ni trimestres de retraite française, ni couverture maladie, ni prévoyance. Une personne qui réside en France reste rattachée au système français pour sa protection sociale, et l'affiliation comme les cotisations dues sur les revenus d'activité dépendent de la situation concrète : c'est l'URSSAF qui en décide, au cas par cas.
Le régime fiscal, ce qui est certain et ce qui ne l'est pas
Côté SASU, le cadre est stable et connu à l'avance. La société relève de l'impôt sur les sociétés de plein droit. Le taux réduit de 15 % s'applique sur la fraction de bénéfice allant jusqu'à 42 500 € par période de douze mois, à condition que le chiffre d'affaires hors taxes soit inférieur à 10 millions d'euros, que le capital soit entièrement libéré et détenu à 75 % au moins par des personnes physiques. Au-delà de 42 500 €, le taux normal de 25 % s'applique. Les dividendes distribués au président relèvent du prélèvement forfaitaire unique, soit 31,4 % en 2026 : 12,8 % d'impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux depuis la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026.
Côté LLC, la situation est bien moins prévisible qu'on ne le lit. Le Conseil d'État a jugé le 12 novembre 2025 (8e et 3e chambres, n° 502894, société Carmejane LLC) que des LLC californiennes pouvaient être assimilées à une SAS et soumises à l'impôt sur les sociétés français, sur le fondement des articles 206 et 1655 quinquies du CGI. Les indices retenus sont précisément ceux qui font l'attrait de la forme : la limitation de la responsabilité des associés à leurs apports et la grande liberté statutaire. La convention fiscale franco-américaine du 31 août 1994 ne renverse pas cette analyse : son article 4 § 3 attribue le revenu perçu via une entité fiscalement transparente au résident dans la mesure où sa propre loi l'impose comme tel, sans qualifier la LLC elle-même.
Autrement dit, la SASU donne une règle fiscale lisible dès la création, là où la LLC laisse une question ouverte que seul un avocat fiscaliste peut trancher au vu des statuts et de l'organisation réelle.
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Ce que coûte chaque option, à la création puis chaque année
La comparaison des coûts n'a de sens que si l'on additionne la création et l'année pleine, car c'est là que les deux formes divergent le plus.
- SASU, création : 99 € HT d'honoraires WiseStart et 225,93 € de frais légaux, dont 170 € d'annonce légale et 55,93 € d'immatriculation au guichet unique de l'INPI, soit 344,73 € TTC au total.
- SASU, année pleine : tenue de la comptabilité et dépôt des comptes annuels, cotisation foncière des entreprises, frais de compte bancaire professionnel. Le poste comptable est le plus variable.
- LLC, création : dépôt d'État de 50 $ environ au Nouveau-Mexique, 100 $ environ au Wyoming, 110 $ dans le Delaware.
- LLC, année pleine : agent enregistré obligatoire dans tous les États, 50 à 150 $ par an ; rapport annuel de 60 $ au Wyoming ; aucun frais récurrent d'État au Nouveau-Mexique ; taxe annuelle de 400 $ dans le Delaware, due au 1er juin même à revenu nul, avec une pénalité de retard de 200 $ et 1,5 % d'intérêts par mois.
- LLC, obligation déclarative annuelle : une LLC unipersonnelle détenue par un étranger dépose un formulaire 5472 accompagné d'un 1120 pro forma. L'oubli est sanctionné de 25 000 $.
Le détail État par État figure dans notre comparatif du coût réel d'une LLC américaine. À noter qu'un non-résident ne peut pas être son propre agent enregistré : la fonction suppose une adresse physique dans l'État et une disponibilité aux heures ouvrées.
Les délais, quelques jours contre plusieurs semaines
La création d'une société française est rapide et prévisible. Le dossier complet part au guichet unique de l'INPI sous 48 heures ouvrées et le Kbis est généralement délivré en 3 à 7 jours ouvrés. À partir de là, la société existe, peut facturer et ouvrir son compte.
Le calendrier américain est d'un autre ordre, parce qu'il enchaîne trois étapes indépendantes :
- Dépôt auprès du Secretary of State : 1 à 3 jours ouvrés en ligne au Wyoming ou au Nouveau-Mexique, environ 10 jours ouvrés dans le Delaware en procédure standard.
- Numéro EIN auprès de l'IRS : 4 jours ouvrés à 2 semaines en pratique pour un non-résident sans SSN, la demande en ligne lui étant fermée. Le formulaire SS-4 part par fax ou par courrier, même si l'IRS annonce 4 jours ouvrés.
- Compte bancaire : 3 à 5 jours ouvrés à 2 semaines chez Mercury, Relay ou Wise, avec un refus toujours possible et sans motivation obligatoire.
Bout à bout, une LLC réellement opérationnelle, compte bancaire compris, demande 1 à 3 semaines. Un prestataire qui annonce quelques jours ne parle en réalité que du dépôt d'État, qui ne permet ni de facturer confortablement ni d'encaisser.
Dans quels cas une LLC se justifie vraiment
Il existe des situations où la LLC répond à un besoin que la SASU ne couvre pas, et elles ont toutes un point commun : un rattachement concret au marché américain.
- Clients américains récurrents : des entreprises qui exigent de contracter avec une entité locale, un numéro EIN et un formulaire W-9 plutôt qu'un W-8BEN-E.
- Encaissements en dollars : facturation, paiement et dépenses dans la même devise, sans double conversion à chaque flux.
- Passerelles de paiement et places de marché américaines : certaines plateformes réservent des fonctionnalités, des conditions ou des délais de versement aux entités disposant d'un EIN et d'un compte bancaire aux États-Unis.
- Test d'un marché : une structure légère pour éprouver une offre aux États-Unis avant d'y engager davantage, avec une sortie peu coûteuse si le test échoue.
À l'inverse, la LLC n'apporte rien dans les cas suivants : activité de services facturée à des clients français ou européens, boutique en ligne livrant essentiellement en France, activité réglementée en France, projet ayant besoin d'une protection sociale et de trimestres de retraite, ou simple recherche d'un coût de création plus bas. Dans ces cas, la société française est plus simple, moins chère sur la durée et moins exposée.
Détenir une LLC en ayant déjà une SASU ou une micro-entreprise
Rien n'interdit de détenir une LLC américaine tout en exploitant une SASU ou une micro-entreprise en France. C'est même la configuration la plus cohérente quand une partie de l'activité est réellement américaine : la structure française porte l'activité française, la structure américaine porte l'activité américaine. Mais les obligations déclaratives s'additionnent, elles ne se remplacent pas.
- Annexe n° 3916-3916 bis (Cerfa 11916) : jointe à la déclaration de revenus au titre de l'article 1649 A du CGI, pour chaque compte bancaire détenu hors de France. L'amende est de 1 500 € par compte non déclaré (article 1736 du CGI). Un compte est réputé détenu dès lors qu'on en est titulaire, co-titulaire, bénéficiaire économique ou qu'on dispose d'une procuration (BOFiP BOI-CF-CPF-30-20).
- Déclaration 2047 : les revenus de source étrangère y sont portés, puis reportés sur la 2042 et, selon le cas, la 2042-C.
- Formulaire 5472 et 1120 pro forma : déposés chaque année auprès de l'IRS pour une LLC unipersonnelle détenue par un étranger, sous peine de 25 000 $.
- Seuils micro inchangés : détenir une LLC ne modifie ni le plafond de 83 600 € en prestations de services, ni celui de 203 100 € en vente de marchandises, ni les seuils de franchise en base de TVA de 37 500 € et 85 000 €.
Questions fréquentes
Rarement, et le calcul dépend surtout de l'État. Une SASU coûte 344,73 € TTC à la création, dont 225,93 € de frais légaux reversés (170 € d'annonce légale et 55,93 € d'INPI), puis des frais de comptabilité. Une LLC dans le Delaware coûte 110 $ de constitution, puis 400 $ de taxe annuelle par an même sans chiffre d'affaires, plus 50 à 150 $ d'agent enregistré annuel et le dépôt du formulaire 5472. Sur trois ans, l'écart initial est vite absorbé.
Rien ne l'empêche techniquement, mais c'est précisément la configuration à risque. Si l'activité est exercée depuis la France, auprès de clients français, avec un dirigeant qui réside en France, l'administration peut considérer l'entreprise comme exploitée en France au sens de l'article 209 du CGI et l'imposer en conséquence. La convention franco-américaine du 31 août 1994 ne fait pas obstacle à cette analyse.
Non. Une LLC ne crée aucun droit social français et ne dispense d'aucune obligation. Une personne qui réside en France reste rattachée au système français, et c'est l'URSSAF qui détermine l'affiliation et les cotisations dues sur les revenus d'activité. À l'inverse, le président de SASU cotise au régime général et bénéficie d'une retraite, d'une couverture maladie et d'une prévoyance, pour environ 76 % de charges rapportées au net.
Les trois États les plus utilisés par les non-résidents ont des profils différents. Le Wyoming demande environ 100 $ de dépôt et 60 $ de rapport annuel, avec la meilleure reconnaissance bancaire. Le Nouveau-Mexique coûte environ 50 $ sans aucun frais d'État récurrent ni rapport annuel. Le Delaware demande 110 $ puis 400 $ de taxe annuelle chaque année. L'agent enregistré, de 50 à 150 $ par an, est obligatoire dans les trois.
Il n'existe aucune procédure de transformation entre les deux : ce sont des sociétés de deux ordres juridiques distincts. Il faut créer la nouvelle structure et, le cas échéant, fermer l'ancienne. Une dissolution de SASU en France représente 199 € HT d'honoraires WiseStart et 407,16 € de frais légaux pour une société unipersonnelle, et la dissolution d'une LLC suppose des démarches propres à son État d'immatriculation.
Pour une SASU, le dossier complet part au guichet unique sous 48 heures ouvrées et le Kbis arrive en 3 à 7 jours ouvrés. Pour une LLC, il faut compter 1 à 3 semaines pour être réellement opérationnel : 1 à 3 jours ouvrés de dépôt d'État au Wyoming ou au Nouveau-Mexique, 4 jours ouvrés à 2 semaines pour l'EIN sans SSN, et 3 jours ouvrés à 2 semaines pour le compte bancaire, avec un refus possible.
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