En 2026, sur 10 000 € de bénéfice, un président de SASU garde environ 5 831 € en se versant des dividendes (impôt sur les sociétés à 15 %, puis prélèvement forfaitaire unique de 31,4 %), contre environ 5 000 € en salaire s'il est imposé dans la tranche à 11 %. Les dividendes gagnent donc en argent net immédiat, mais ils ne valident aucun trimestre de retraite et n'ouvrent ni indemnités journalières ni prévoyance. Le bon choix se fait rarement à 100 % d'un côté : la plupart des présidents combinent un salaire plancher et des dividendes.

Dividendes : ce qui reste de 10 000 € de bénéfice en 2026

Un dividende se verse sur un bénéfice qui a déjà payé l'impôt sur les sociétés (IS). Exemple simplifié mais exact : une SASU dégage 10 000 € de bénéfice avant toute rémunération de son président, remplit les conditions du taux réduit d'IS et a déjà constitué sa réserve légale.

  • IS à 15 % : 10 000 € × 15 % = 1 500 €. Il reste 8 500 € distribuables.
  • Prélèvement forfaitaire unique (PFU) de 31,4 % : 8 500 € × 31,4 % = 2 669 €, soit 1 088 € d'impôt sur le revenu (12,8 %) et 1 581 € de prélèvements sociaux (18,6 %).
  • Net pour le président : 8 500 € moins 2 669 € = 5 831 €.

Le taux de 31,4 % est propre à 2026 : la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 (loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025) a porté la CSG sur les revenus du capital de 9,2 % à 10,6 %, d'où 18,6 % de prélèvements sociaux. Si la SASU paie l'IS au taux normal de 25 %, les 10 000 € deviennent 7 500 € distribuables, puis 5 145 € nets après PFU (7 500 € × 68,6 %).

Pour un président de SASU, le dividende ne supporte aucune cotisation sociale, quel que soit son montant : seuls l'impôt sur le revenu et les 18,6 % de prélèvements sociaux s'appliquent. C'est la grande différence avec le gérant majoritaire de SARL ou d'EURL, dont une partie des dividendes est soumise aux cotisations des indépendants.

PFU ou barème avec abattement de 40 % : la bascule se fait à 21,33 %

Par défaut, les dividendes sont imposés au PFU. Vous pouvez opter pour le barème progressif de l'impôt sur le revenu en cochant la case 2OP de votre déclaration de revenus : 40 % du dividende échappe alors à l'impôt, mais les 18,6 % de prélèvements sociaux restent dus sur la totalité. Sur les 8 500 € de l'exemple, seuls 5 100 € (60 %) entrent dans le revenu imposable.

  • Taux marginal de 0 % : 8 500 € moins 1 581 € de prélèvements sociaux = 6 919 € nets, contre 5 831 € au PFU.
  • Taux marginal de 11 % : 5 100 € × 11 % = 561 € d'impôt, soit 6 358 € nets, mieux que le PFU.
  • Taux marginal de 30 % : 5 100 € × 30 % = 1 530 € d'impôt, soit 5 389 € nets, moins bien que les 5 831 € du PFU.

Le point de bascule se calcule en une ligne : le barème est plus favorable tant que 60 % de votre taux marginal reste inférieur à 12,8 %, donc pour un taux marginal inférieur à 21,33 %. En pratique, cela vise les foyers imposés à 0 % ou à 11 %. Pour les revenus de 2025, la tranche à 11 % s'arrête à 29 579 € de revenu imposable par part de quotient familial. Ce calcul applique le taux marginal à toute la somme et laisse de côté la fraction de CSG déductible au barème, qui améliore un peu le résultat : c'est un ordre de grandeur, pas votre impôt exact.

Lors du versement, la société retient un prélèvement forfaitaire non libératoire de 12,8 %, qui sert d'acompte d'impôt. Si le revenu fiscal de référence de votre foyer, deux ans avant le versement, est inférieur à 50 000 € (personne seule) ou 75 000 € (couple marié ou pacsé), vous pouvez demander à en être dispensé, au plus tard le 30 novembre de l'année précédente, par une attestation sur l'honneur remise à la société qui verse.

L'option 2OP est globale : elle vaut pour tous vos revenus de capitaux mobiliers et plus-values de valeurs mobilières de l'année, pas seulement pour les dividendes de votre SASU.

Le même bénéfice versé en salaire : environ 5 000 € nets dans la tranche à 11 %

Versés en salaire, les 10 000 € ne paient pas d'IS, car la rémunération du président et ses cotisations sont des charges déductibles du résultat de la SASU. En revanche, le président est assimilé salarié : selon Bpifrance Création, ses charges sociales représentent environ 60 % du salaire brut, soit l'équivalent de 80 % du salaire net, un ordre de grandeur et non un taux réglementaire. Un euro net coûte donc environ 1,80 € à la société.

  • Net avant impôt : 10 000 € ÷ 1,80 = 5 556 € environ.
  • Revenu imposable simplifié : 5 556 € moins l'abattement forfaitaire de 10 % pour frais professionnels, soit 5 000 €.
  • Net après impôt : 5 556 € à 0 %, 5 006 € à 11 % (550 € d'impôt), 4 056 € à 30 % (1 500 € d'impôt).

Sur ces hypothèses, le salaire laisse moins d'argent net que les dividendes à chacun des trois taux marginaux : 5 006 € contre 6 358 € au barème dans la tranche à 11 %, 4 056 € contre 5 831 € au PFU dans la tranche à 30 %. Le détail ligne à ligne des cotisations d'un président de SASU, selon le niveau de salaire, figure dans notre article sur les cotisations du président de SASU en 2026. L'intérêt du salaire ne se lit pas dans ce tableau : il tient aux droits qu'il ouvre.

Ce que le salaire achète : 4 trimestres de retraite dès 7 212 € brut

Les dividendes n'ouvrent aucun droit social. Le salaire, lui, fait cotiser le président au régime général, sans assurance chômage.

  • Retraite de base : selon service-public.fr, un trimestre est validé pour 1 803 € de salaire brut annuel en 2026 (150 fois le Smic horaire de 12,02 € au 1er janvier), quatre trimestres pour 7 212 €. Un président payé uniquement en dividendes ne valide aucun trimestre au titre de sa SASU.
  • Retraite complémentaire Agirc-Arrco : des points proportionnels au salaire versé, en plus des droits invalidité et décès du régime général.
  • Indemnités journalières maladie : versées par l'Assurance maladie en cas d'arrêt, sous conditions de durée de cotisation, à condition qu'une rémunération soit versée.
  • Chômage : aucun droit dans les deux cas, le mandat de président ne cotisant pas à l'assurance chômage de France Travail.

Sans salaire, le président reste remboursé de ses soins grâce à la protection universelle maladie (PUMa). S'il vit essentiellement de dividendes, l'Urssaf peut toutefois lui réclamer la cotisation subsidiaire maladie (CSM) : au taux maximal de 6,5 %, sur la part des revenus du capital qui dépasse 50 % du plafond annuel de la Sécurité sociale (PASS, 48 060 € en 2026), avec un taux qui diminue jusqu'à zéro quand les revenus d'activité atteignent 20 % du PASS. Enfin, l'ACRE ne rapporte rien à un président non rémunéré : elle exonère partiellement des cotisations qu'il ne paie pas.

Repousser tout salaire pendant plusieurs années, c'est autant d'années sans trimestre de retraite au titre de votre activité principale. Un salaire versé plus tard ne valide pas les années passées : chaque trimestre se valide sur le salaire de l'année où il est versé.

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SASU contre SARL : la règle des 10 % qui soumet les dividendes du gérant aux cotisations

Le régime favorable des dividendes vaut pour le président de SASU, assimilé salarié. Le gérant majoritaire de SARL et le gérant associé unique d'EURL à l'IS sont travailleurs non salariés (TNS) : selon l'Urssaf, la part de leurs dividendes qui dépasse 10 % du capital social, des primes d'émission et des sommes versées en compte courant d'associé entre dans l'assiette des cotisations sociales des indépendants, comme une rémunération. Les titres et revenus du conjoint, du partenaire de Pacs et des enfants mineurs sont pris en compte dans ce calcul.

  • Président de SASU, capital de 1 000 €, dividende de 8 500 € : 0 € soumis à cotisations, 18,6 % de prélèvements sociaux sur les 8 500 €.
  • Gérant d'EURL à l'IS, capital de 1 000 €, dividende de 8 500 € : 100 € (10 % du capital) restent soumis aux seuls prélèvements sociaux, et 8 400 € entrent dans l'assiette des cotisations TNS, sur laquelle l'Urssaf applique l'abattement forfaitaire de 26 % instauré par la réforme de l'assiette sociale.

C'est l'un des critères qui orientent vers la SASU les créateurs qui comptent se rémunérer surtout en dividendes, au prix d'un salaire plus cher. Notre comparatif EURL ou SASU reprend les autres différences, et notre article SASU : pour qui et combien ça coûte rappelle le fonctionnement de la société.

IS à 15 % jusqu'à 42 500 € : trois conditions à vérifier avant de distribuer

Le taux réduit d'IS de 15 % s'applique à la part du bénéfice qui ne dépasse pas 42 500 €, le surplus étant imposé à 25 %. Selon Service Public Entreprendre, la société doit remplir deux conditions cumulatives, auxquelles s'ajoute une règle de droit des sociétés pour pouvoir distribuer.

  • Chiffre d'affaires : au plus 10 000 000 € HT sur l'exercice, ramené à 12 mois si l'exercice est plus court ou plus long.
  • Capital : entièrement libéré et détenu à 75 % au moins par des personnes physiques, ou par une société elle-même détenue à 75 % par des personnes physiques. Une SASU dont le capital n'est pas entièrement libéré paie 25 % dès le premier euro.
  • Bénéfice distribuable : 5 % du bénéfice va d'abord à la réserve légale, jusqu'à ce qu'elle atteigne 10 % du capital, et seul un bénéfice constaté par des comptes approuvés peut être distribué.

L'imposition cumulée d'un dividende est de 41,69 % sous le seuil (15 % d'IS, puis 31,4 % sur les 85 % restants) et de 48,55 % au-dessus (25 % d'IS, puis 31,4 % sur les 75 % restants). Au-delà de 42 500 € de bénéfice, l'écart avec le salaire, qui réduit le bénéfice imposé à 25 %, se resserre donc nettement.

Le dosage le plus courant : un salaire plancher, puis des dividendes après la clôture

Beaucoup de présidents de SASU combinent les deux, dans cet ordre.

  • 1. Fixer une rémunération par décision de l'associé unique, souvent au moins 7 212 € brut par an (environ 601 € brut par mois) pour valider 4 trimestres en 2026, avec bulletin de paie et déclaration sociale nominative (DSN) mensuelle transmise à l'Urssaf.
  • 2. Clôturer l'exercice : transmettre la liasse fiscale et la déclaration 2065 au service des impôts des entreprises (SIE) en EDI-TDFC, et faire approuver les comptes par l'associé unique dans les 6 mois qui suivent la clôture.
  • 3. Décider l'affectation du résultat : réserve légale, report à nouveau et montant du dividende.
  • 4. Verser et déclarer : la société retient les 12,8 % d'acompte d'impôt et les 18,6 % de prélèvements sociaux, et les déclare avec le formulaire 2777 dans les 15 jours qui suivent le mois du versement.
  • 5. Reporter le dividende sur la déclaration de revenus du président l'année suivante, avec ou sans l'option 2OP.
Faites chiffrer les deux scénarios par votre expert-comptable avant le 31 décembre : le salaire de l'année se décide et se déclare mois par mois, alors que le dividende ne se vote qu'après l'approbation des comptes. Une fois l'exercice clos, il est trop tard pour transformer du bénéfice en salaire de l'année écoulée.

Le dosage dépend de votre taux marginal, de vos autres revenus et du niveau de protection sociale que vous voulez acheter : un président qui cotise déjà par un autre emploi peut privilégier les dividendes, un créateur en début de carrière a intérêt à valider ses 4 trimestres chaque année.

Questions fréquentes

Non. Les dividendes versés au président d'une SASU ne supportent aucune cotisation sociale, quel que soit leur montant : en 2026, ils subissent le prélèvement forfaitaire unique de 31,4 %, ou le barème après abattement de 40 % plus 18,6 % de prélèvements sociaux. Pour un gérant majoritaire de SARL ou d'EURL à l'IS, au contraire, la part qui dépasse 10 % du capital, des primes d'émission et des comptes courants d'associé est soumise aux cotisations des indépendants.

Le prélèvement forfaitaire unique est de 31,4 % sur les dividendes perçus en 2026 : 12,8 % au titre de l'impôt sur le revenu et 18,6 % au titre des prélèvements sociaux. La hausse de 1,4 point vient de la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026, qui a porté la CSG sur les revenus du capital de 9,2 % à 10,6 %. Sur 8 500 € de dividende, le PFU représente 2 669 €.

L'option pour le barème, par la case 2OP de la déclaration de revenus, est intéressante si votre taux marginal d'imposition est inférieur à 21,33 %, c'est-à-dire à 0 % ou 11 %, grâce à l'abattement de 40 % réservé au barème. Au-delà, dans la tranche à 30 %, le PFU de 31,4 % est plus avantageux. L'option est globale : elle s'applique à tous les revenus de capitaux mobiliers et plus-values de valeurs mobilières du foyer pour l'année.

Il faut un salaire brut annuel d'au moins 7 212 € en 2026, soit 4 fois 1 803 €. Chaque trimestre correspond à 150 fois le Smic horaire brut en vigueur au 1er janvier, soit 150 × 12,02 € = 1 803 €. Pour un président de SASU, cela représente environ 601 € brut par mois, déclarés en DSN. Les dividendes ne permettent de valider aucun trimestre.

Oui. Un président de SASU peut se payer uniquement en dividendes, après approbation des comptes et sur un bénéfice distribuable. Il ne paie alors aucune cotisation au titre de son mandat, mais ne valide aucun trimestre de retraite, n'a pas droit aux indemnités journalières au titre de la SASU et peut devoir à l'Urssaf la cotisation subsidiaire maladie, au plus 6,5 %, si ses revenus d'activité sont faibles et ses revenus du capital élevés.

L'impôt sur les sociétés est de 15 % sur la part du bénéfice jusqu'à 42 500 €, puis de 25 % au-delà, si la SASU réalise au plus 10 000 000 € de chiffre d'affaires HT et que son capital est entièrement libéré et détenu à au moins 75 % par des personnes physiques. Sinon, tout le bénéfice est imposé à 25 %.

Pas avant la clôture du premier exercice. Un dividende ne peut être décidé qu'après l'approbation des comptes d'un exercice qui fait apparaître un bénéfice distribuable. La première année, le président qui veut un revenu régulier passe donc par une rémunération ; l'acompte sur dividende reste une exception, qui suppose un bilan certifié par un commissaire aux comptes.

Ressources utiles

Pour aller plus loin