Pour un non-résident français, le choix de l'État se joue sur deux critères, et seulement deux : le coût récurrent et la crédibilité de l'État auprès des banques. Le Wyoming coûte environ 100 $ de dépôt puis 60 $ par an, le Nouveau-Mexique 50 $ puis 0 $, le Delaware 110 $ puis une taxe annuelle de 400 $ due même à revenu nul. Aucun de ces trois États ne modifie d'un euro ce que vous devrez à l'administration fiscale française.
Ce que le choix de l'État change vraiment, et ce qu'il ne change pas
Les comparatifs en français mélangent deux questions distinctes. La première est le coût de l'immatriculation aux États-Unis : c'est là que les États diffèrent réellement, de 0 $ à 400 $ de frais récurrents. La seconde est la fiscalité applicable à vos revenus, qui dépend de votre résidence fiscale et non de l'État.
Si vous vivez en France, vous êtes résident fiscal français au sens de l'article 4 B du code général des impôts, et vos revenus mondiaux sont imposables en France. Immatriculer au Nouveau-Mexique plutôt qu'au Delaware ne déplace pas votre résidence fiscale. Nous détaillons ce mécanisme dans notre article sur les impôts dus en France sur une LLC américaine, y compris l'arrêt du Conseil d'État du 12 novembre 2025 (n° 502894, Société Carmejane LLC) qui a admis qu'une LLC puisse être assimilée à une SAS et soumise à l'impôt sur les sociétés français.
Second point que les vendeurs de LLC passent sous silence : le nexus. Un État n'impose que les revenus rattachés à une activité exercée sur son territoire. Si vous travaillez depuis la France, sans bureau ni salarié aux États-Unis, votre LLC n'a d'activité locale dans aucun État et n'est redevable d'aucun impôt d'État sur les bénéfices. Ce n'est pas un avantage obtenu grâce au bon État : c'est la situation normale de toute LLC non résidente, Delaware compris.
Wyoming : le choix par défaut pour la majorité des dossiers
Le Wyoming est l'État le plus utilisé par les non-résidents et celui qui pose le moins de problèmes. Le dépôt des Articles of Organization auprès du Wyoming Secretary of State coûte 100 $, l'immatriculation en ligne étant obtenue en 1 à 3 jours ouvrés. Le seul coût d'État récurrent est le rapport annuel, taxé à 0,0002 $ par dollar d'actifs situés dans l'État avec un minimum de 60 $ : pour une LLC sans actif américain, la facture est donc de 60 $ par an, à l'échéance du premier jour de votre mois anniversaire de constitution.
Son vrai différenciateur n'est pas le prix. Le Wyoming bénéficie d'une notoriété établie auprès des néobanques d'affaires américaines (Mercury, Relay) et des places de marché : un dossier y passe plus facilement qu'un dossier venu d'un État peu représenté. Quand l'ouverture d'un compte conditionne tout le reste, cela pèse plus lourd que 60 $ d'écart annuel. Les motifs de refus sont détaillés dans notre guide sur l'ouverture d'un compte bancaire américain depuis la France.
Le second argument avancé est la protection des actifs. Le Wyoming fait de la charging order, qui permet seulement à un créancier de saisir les distributions versées à l'associé, le recours exclusif contre un membre de LLC, y compris unipersonnelle (Wyo. Stat. § 17-29-503(g)). Un créancier ne peut ni forcer la vente de la participation, ni saisir les actifs de la LLC.
Nouveau-Mexique : le moins cher et le plus discret, avec une contrepartie
Le Nouveau-Mexique est l'État le plus économique du pays. Le dépôt des Articles of Organization auprès du New Mexico Secretary of State coûte 50 $, en une fois, et l'État n'impose aucun rapport annuel ni frais de maintien : le coût récurrent est de 0 $. Sur cinq ans, la note d'État s'élève donc à 50 $, contre 400 $ au Wyoming et plus de 2 000 $ au Delaware.
Second attrait, la confidentialité renforcée : les Articles of Organization n'y mentionnent ni les membres ni les gérants, seuls l'organisateur et l'agent enregistré figurent au registre public. Le nom des associés n'apparaît pas dans une recherche publique.
La contrepartie est réelle et il faut l'écrire : le Nouveau-Mexique est nettement moins reconnu que le Wyoming ou le Delaware. Certaines banques et certains partenaires traitent moins souvent des dossiers venus de cet État, ce qui peut allonger ou compliquer l'ouverture de compte. L'absence de rapport annuel a un second effet peu commenté : sans dépôt périodique, il n'existe pas de trace récente d'existence de la société au registre, alors que certains interlocuteurs réclament un certificate of good standing, à demander au cas par cas.
Delaware : la notoriété a un prix récurrent
Le Delaware est l'État le plus cité et le moins souvent pertinent pour un freelance ou un e-commerçant. Le Certificate of Formation coûte 110 $ et la procédure standard prend environ 10 jours ouvrés, contre 1 à 3 jours au Wyoming, sauf à payer une option d'accélération.
Surtout, le Delaware n'impose pas de rapport annuel aux LLC mais une taxe forfaitaire, la franchise tax des entités alternatives, due au 1er juin. Elle était de 300 $ et a été portée à 400 $ pour l'année fiscale 2026 par la loi House Bill 400 du 21 mai 2026, ce nouveau montant étant appelé pour la première fois à l'échéance du 1er juin 2027. Elle est due même sans aucun chiffre d'affaires, et le retard coûte 200 $ de pénalité plus 1,5 % d'intérêts par mois sur la taxe et la pénalité.
Les avantages fiscaux mis en avant existent, mais leur portée est étroite : l'impôt sur les sociétés du Delaware, à 8,7 %, ne frappe que le revenu rattaché à une activité exercée dans l'État ; la gross receipts tax, de 0,0945 % à 1,9914 % selon l'activité, ne vise elle aussi que l'activité locale ; l'État n'applique aucune sales tax. Ces trois points avantagent une entreprise qui arbitre entre plusieurs États américains, et n'allègent en rien l'imposition d'un résident français, comme le montre notre analyse des avantages fiscaux du Delaware.
Le Delaware garde une justification solide : c'est le standard des investisseurs. Son droit des sociétés et sa Court of Chancery sont le cadre attendu d'un fonds de capital-risque, et une levée de fonds américaine se fait presque toujours dans une Delaware C-Corporation, pas dans une LLC. Hors levée de fonds, le surcoût récurrent n'achète rien d'utile.
Floride et Texas : pourquoi ils reviennent, et ce qu'ils coûtent
Ces deux États reviennent souvent parce qu'ils n'appliquent pas d'impôt sur le revenu des personnes physiques. L'argument ne concerne pas un résident français, qui n'y est de toute façon pas soumis. Restent les coûts administratifs, supérieurs à ceux du Wyoming.
- Floride : 125 $ pour les Articles of Organization, puis un annual report obligatoire de 138,75 $ à déposer entre le 1er janvier et le 1er mai. Au-delà du 1er mai, une pénalité de 400 $ s'applique automatiquement, sans possibilité de remise, et l'absence de dépôt entraîne la dissolution administrative de la société au quatrième vendredi de septembre, le troisième vendredi étant la date limite de dépôt.
- Texas : 300 $ pour le Certificate of Formation, soit le triple du Wyoming. Les sociétés dont le chiffre d'affaires annualisé reste sous le seuil de 2 650 000 $ pour l'année de déclaration 2026 ne paient pas de franchise tax, mais doivent tout de même déposer chaque 15 mai un Public Information Report ou un Ownership Information Report auprès du Texas Comptroller. Un défaut de dépôt peut entraîner la perte du droit d'exercer dans l'État.
Pour une LLC pilotée depuis la France, ces deux États ajoutent une obligation déclarative annuelle et une pénalité potentielle, sans avantage identifiable en contrepartie.
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« L'État de résidence » n'existe pas pour un non-résident
Le conseil le plus répandu sur les forums américains est de créer sa LLC dans l'État où l'on vit, pour éviter de s'enregistrer comme foreign LLC dans son propre État et de payer deux fois. Ce conseil est juste, et il ne vous concerne pas : il s'adresse à un Américain qui exerce depuis la Californie ou New York, où l'activité crée un nexus local.
Un résident français n'exerce dans aucun État. Il n'a donc pas d'État de rattachement, et aucune obligation d'enregistrement secondaire ne se déclenche. Le choix est libre, et c'est pour cela qu'il doit se faire sur le coût et l'acceptation bancaire, non sur une géographie qui n'a pas de sens dans votre situation.
Le coût de la première année, État par État
Le comparatif n'a de sens qu'en incluant l'agent enregistré, obligatoire dans tous les États et facturé de 50 à 150 $ par an. Un non-résident ne peut pas l'être lui-même : la fonction suppose une adresse physique dans l'État et une disponibilité aux heures ouvrées. Voir notre guide sur l'agent enregistré d'une LLC.
- Nouveau-Mexique : 50 $ de dépôt + 50 à 150 $ d'agent, soit 100 à 200 $ la première année, puis 50 à 150 $ par an.
- Wyoming : 100 $ de dépôt + 50 à 150 $ d'agent, soit 150 à 250 $ la première année, puis 110 à 210 $ par an avec le rapport annuel de 60 $.
- Floride : 125 $ de dépôt + 50 à 150 $ d'agent, soit 175 à 275 $ la première année, puis 188,75 à 288,75 $ par an.
- Texas : 300 $ de dépôt + 50 à 150 $ d'agent, soit 350 à 450 $ la première année, hors dépôt annuel du rapport.
- Delaware : 110 $ de dépôt + 50 à 150 $ d'agent, soit 160 à 260 $ la première année, puis 450 à 550 $ par an une fois la taxe de 400 $ appelée.
Ces montants ne couvrent que l'État et l'agent. S'y ajoutent l'EIN obtenu auprès de l'IRS, qui prend 4 jours ouvrés à 2 semaines pour un demandeur sans SSN, l'ouverture du compte bancaire, de 3 à 5 jours ouvrés à 2 semaines avec un refus toujours possible, et la comptabilité annuelle. Le décompte complet figure dans notre article sur le coût réel d'une LLC américaine. Une LLC réellement opérationnelle, compte bancaire compris, demande 1 à 3 semaines.
Notre recommandation par profil
Voici comment nous orientons les dossiers que nous accompagnons. La décision reste la vôtre, et toute situation personnelle doit être vue avec un professionnel du chiffre ou du droit.
- Freelance de services avec des clients américains : Wyoming. L'écart avec le Nouveau-Mexique est de 60 $ par an, et l'acceptation bancaire, qui conditionne l'encaissement, y est meilleure. C'est le choix par défaut.
- Freelance qui teste un projet, budget serré, pas d'urgence bancaire : Nouveau-Mexique. Zéro frais récurrent d'État, aucun rapport annuel à surveiller, à accepter en connaissance de cause car l'ouverture de compte peut demander plus d'allers-retours.
- E-commerçant ou dropshipper vendant aux États-Unis : Wyoming, pour la même raison bancaire. Attention à une contrainte propre : la sales tax dépend de l'État de vos acheteurs et de vos seuils de nexus économique, jamais de votre État d'immatriculation. Créer au Delaware pour son absence de sales tax ne dispense de rien.
- Projet de levée de fonds auprès d'investisseurs américains : Delaware, et probablement pas sous forme de LLC. Les fonds investissent dans une C-Corporation. Une LLC devra être convertie, ce qui coûte plus cher que de partir directement dans la bonne forme.
- Recherche de discrétion vis-à-vis de concurrents : Nouveau-Mexique pour l'absence de registre public des membres, sachant que cette discrétion ne vaut ni face à l'IRS, ni face aux banques, ni face à la DGFiP.
Si vous hésitez encore, notre page création de LLC aux États-Unis détaille le déroulé complet, les pièces demandées et ce qui est inclus ou non dans l'accompagnement.
Les obligations qui suivent, quel que soit l'État
Le choix de l'État ne modifie aucune obligation déclarative. Elles sont identiques au Wyoming, au Nouveau-Mexique et au Delaware.
- IRS : une LLC unipersonnelle détenue par un étranger dépose chaque année le formulaire 5472 accompagné d'un 1120 pro forma. La pénalité pour défaut de dépôt est de 25 000 $.
- FinCEN : les LLC américaines sont exemptées de la déclaration BOI depuis le 26 mars 2025, l'obligation ne visant plus que les sociétés étrangères enregistrées aux États-Unis.
- DGFiP : le compte américain se déclare sur l'annexe n° 3916-3916 bis (Cerfa 11916) jointe à la déclaration de revenus, au titre de l'article 1649 A du code général des impôts, sous peine de 1 500 € d'amende par compte (article 1736 du CGI). Les revenus passent par la 2047 puis la 2042, et le cas échéant la 2042-C.
- Le FBAR ne s'applique pas ici, pour deux raisons cumulatives : il ne vise que les United States persons, et il ne concerne que les comptes ouverts dans un établissement situé hors des États-Unis.
Questions fréquentes
Non, cette règle ne vise que les résidents américains. Un Américain qui exerce depuis la Californie crée un nexus local et doit y enregistrer sa LLC, sous peine de payer deux fois. Un résident français n'exerce dans aucun État : aucun rattachement obligatoire ne se déclenche, et le choix se fait sur le coût, de 0 $ à 400 $ par an, et sur l'acceptation bancaire.
Oui, mais l'écart est faible. Sur cinq ans, l'État coûte 50 $ au Nouveau-Mexique contre 400 $ au Wyoming, soit 350 $ de différence, à laquelle s'ajoute dans les deux cas l'agent enregistré de 50 à 150 $ par an. Un seul refus bancaire retardant l'activité de quelques semaines annule largement cette économie.
Non juridiquement, mais c'est le standard attendu des investisseurs américains, qui souscrivent presque toujours au capital d'une C-Corporation du Delaware et non d'une LLC. Si une levée est envisagée à court terme, partir dans cette forme évite une conversion. Hors levée de fonds, la taxe annuelle de 400 $ due même à revenu nul n'achète aucun avantage opérationnel.
Oui, par une procédure de domestication lorsque les deux États l'autorisent, ou par dissolution suivie d'une nouvelle immatriculation. Dans les deux cas, comptez de nouveaux frais de dépôt de 50 à 300 $ selon l'État d'arrivée, un nouvel agent enregistré et parfois de nouvelles démarches bancaires. L'EIN existant n'est pas toujours conservé.
Non. Un résident fiscal français au sens de l'article 4 B du code général des impôts est imposable en France sur ses revenus mondiaux, quel que soit l'État d'immatriculation. Aucun des cinquante États américains ne modifie ce point, et la qualification de la LLC en droit interne français, transparente ou opaque, dépend de ses statuts et relève d'un avocat fiscaliste.
Non. Elle bénéficie d'une confidentialité renforcée au registre public, les Articles of Organization ne mentionnant ni les membres ni les gérants. Mais l'IRS connaît le responsable désigné par le formulaire SS-4 et le numéro EIN, la banque les identifie au titre de ses obligations KYC, et la DGFiP reçoit des informations dans le cadre de l'accord FATCA.
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