Une rupture conventionnelle ouvre droit à l'allocation chômage (ARE), mais depuis le 1er septembre 2026 cette indemnisation est plafonnée à 15 mois avant 55 ans et ne commence qu'après les différés et 7 jours de délai d'attente. Pour créer votre entreprise sans perdre d'aide, l'ordre est fixe : convention homologuée, fin du contrat, inscription à France Travail, puis seulement déclaration du début d'activité, demande d'ACRE dans les 60 jours et choix entre ARE maintenue et ARCE. Immatriculer l'entreprise avant la fin du contrat vous ferme définitivement l'ARCE.
Ce que la rupture conventionnelle vous ouvre en 2026 : l'ARE, mais 15 mois au plus
La rupture conventionnelle est l'un des rares modes de départ choisis qui donnent droit à l'ARE, à la différence d'une démission. Elle n'existe que pour un salarié en CDI : un CDD, une mission d'intérim ou un contrat d'apprentissage ne peuvent pas être rompus de cette façon. Pour être indemnisé, il faut en plus justifier de la condition d'affiliation de droit commun, soit 130 jours travaillés ou 910 heures au cours des 24 mois précédant la fin du contrat (36 mois à partir de 55 ans).
Ce qui a changé, c'est la durée. Pour toute fin de contrat fixée par la convention à compter du 1er septembre 2026, l'Unédic applique un plafond propre à la rupture conventionnelle individuelle :
- Moins de 55 ans : 456 jours, soit 15 mois (548 jours, soit 18 mois, auparavant)
- 55 ans et plus : 624 jours, soit 20,5 mois, avec une prolongation possible sur demande après examen des démarches par France Travail
- Outre-mer, hors Mayotte : 20 mois avant 55 ans, 30 mois à partir de 55 ans
Étape 1 : la convention, 15 jours de rétractation puis 15 jours ouvrables d'homologation
Employeur et salarié se mettent d'accord lors d'un ou plusieurs entretiens, puis signent une convention qui fixe la date de rupture et le montant de l'indemnité spécifique. Cette indemnité ne peut pas être inférieure à l'indemnité légale de licenciement, soit 1/4 de mois de salaire par année d'ancienneté pour les 10 premières années, puis 1/3 de mois au-delà.
- Rétractation : chaque partie dispose de 15 jours calendaires, à partir du lendemain de la signature, pour changer d'avis par lettre recommandée ou remise en main propre, sans motif.
- Homologation : la demande est transmise en ligne via le téléservice TéléRC à l'administration du travail (DDETS), qui a 15 jours ouvrables à compter du lendemain de la réception pour vérifier la convention. Son silence vaut homologation.
- Date de rupture : elle est fixée au plus tôt au lendemain de l'homologation. Comptez donc au minimum 5 semaines entre la signature et le dernier jour de contrat.
Les différés : pourquoi l'ARE n'arrive pas le lendemain du départ
L'indemnisation ne commence pas le jour qui suit la fin du contrat. France Travail applique successivement trois délais, qui décalent le premier jour indemnisé :
- Le différé spécifique : il ne concerne que la part de l'indemnité de rupture qui dépasse l'indemnité légale (la part « supra-légale »). Il se calcule en divisant cette part par 111,8 (valeur 2026, indexée chaque année sur le plafond de la Sécurité sociale) et ne peut pas dépasser 150 jours.
- Le différé congés payés : l'indemnité compensatrice de congés payés divisée par votre salaire journalier de référence, dans la limite de 30 jours.
- Le délai d'attente : 7 jours, appliqué une seule fois par période de 12 mois.
Exemple : avec 3 000 € d'indemnité au-delà du minimum légal, le différé spécifique est de 27 jours (3 000 ÷ 111,8 = 26,8, arrondi à 27). Avec 1 500 € d'indemnité de congés payés et un salaire journalier de référence de 100 €, le différé congés payés est de 15 jours. Ajoutez les 7 jours d'attente : le premier jour indemnisé arrive 49 jours après la fin du contrat, soit environ 7 semaines sans allocation.
Étape 2 : s'inscrire à France Travail avant toute création
L'inscription comme demandeur d'emploi doit intervenir dans les 12 mois qui suivent la fin du contrat, mais pour un projet de création il faut la faire immédiatement, et surtout avant la création. France Travail l'écrit en toutes lettres : pour bénéficier de l'ARCE, l'inscription doit précéder la création ou la reprise de l'entreprise. Profitez-en pour déposer votre demande d'allocation : c'est elle qui produit la notification d'ouverture de droits, pièce que l'URSSAF demande ensuite pour l'ACRE.
Si vous démarrez l'activité avant la fin de votre contrat, vous basculez dans la situation dite d'« activité conservée » : vous avez exercé les deux activités en même temps, et France Travail vous laisse cumuler l'ARE avec les revenus de l'entreprise, mais l'ARCE vous est fermée. L'Unédic le confirme : les salariés qui ont créé ou repris une entreprise avant le terme de leur contrat ne sont pas concernés par l'ARCE.
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Étape 3 : déclarer le début d'activité, puis demander l'ACRE dans les 60 jours
Une fois inscrit, vous pouvez déposer la déclaration de création au guichet unique de l'INPI (formalites.entreprises.gouv.fr), qui transmet le dossier à l'URSSAF, à l'Insee et, selon l'activité, au greffe. Remettez ensuite à votre conseiller France Travail la synthèse INPI « Version définitive, formalité validée » : c'est le justificatif que France Travail réclame en début d'activité.
Depuis le 1er janvier 2026, l'ACRE n'est plus accordée d'office. Elle se demande à l'URSSAF dans un délai de 60 jours maximum suivant la date de début d'activité, et l'URSSAF a 30 jours pour répondre, son silence valant accord. Un demandeur d'emploi indemnisé fait partie des publics éligibles, à condition de ne pas avoir bénéficié de l'ACRE au cours des 3 années précédentes. Le mode de calcul du délai et la marche à suivre s'il est dépassé sont détaillés dans notre article sur le délai de 60 jours de l'ACRE.
Étape 4 : choisir entre ARE maintenue et ARCE
Une fois l'entreprise créée, vous devez choisir l'une des deux formules, sans pouvoir les combiner pour la même activité :
- ARE maintenue : vous continuez à percevoir chaque mois une allocation réduite en fonction des revenus de l'activité, dans la limite de 60 % des droits restants au démarrage pour une fin de contrat intervenue à compter du 1er avril 2025. Avec 456 jours de droits intacts, le cumul s'arrête après environ 274 jours d'allocation consommés (60 % de 456 = 273,6).
- ARCE : 60 % des droits restants à la date de début d'activité, diminués de la participation de 3 % aux retraites complémentaires, versés en capital en 2 fois, la seconde 6 mois après la première. Le premier versement intervient au début de l'activité, mais jamais avant l'expiration des différés et du délai d'attente.
- Irréversibilité : un allocataire qui a déjà cumulé ARE et revenus pour cette entreprise ne peut plus demander l'ARCE, et l'ARCE choisie ferme le cumul.
Le calcul détaillé de chaque option se trouve dans nos articles sur la durée du maintien de l'ARE et sur le montant de l'ARCE. Retenez seulement que le plafond de 15 mois propre à la rupture conventionnelle réduit le reliquat sur lequel ces 60 % sont calculés.
Le calendrier type, de la signature au premier versement
Voici l'enchaînement à respecter, avec les délais réglementaires de chaque étape :
- Jour 0 : signature de la convention, avec une date de rupture choisie en connaissance de cause.
- Jour 1 à 15 : délai de rétractation de 15 jours calendaires.
- Jour 16 à 35 environ : instruction de 15 jours ouvrables par la DDETS, puis homologation expresse ou tacite.
- Lendemain de l'homologation au plus tôt : fin du contrat, remise de l'attestation employeur destinée à France Travail, du certificat de travail et du reçu pour solde de tout compte.
- Dans la foulée : inscription à France Travail et demande d'allocation (au plus tard 12 mois après la fin du contrat).
- Après l'inscription : déclaration de début d'activité au guichet unique, puis transmission de la synthèse INPI à France Travail.
- Dans les 60 jours du début d'activité : demande d'ACRE à l'URSSAF, réponse sous 30 jours.
- Après les différés et les 7 jours d'attente : premier versement, ARE mensuelle ou première moitié de l'ARCE.
Les 5 erreurs qui coûtent le plus cher
- Créer pendant le contrat : une date de début d'activité antérieure à la rupture fait perdre l'ARCE, quel que soit le montant de vos droits.
- Créer avant l'inscription : même après la fin du contrat, France Travail exige l'inscription avant la création pour l'ARCE.
- Oublier le différé spécifique : jusqu'à 150 jours sans allocation, à financer sur l'indemnité de rupture elle-même.
- Laisser filer les 60 jours de l'ACRE : sans ACRE, ni exonération partielle de cotisations ni ARCE.
- Compter sur 18 mois de droits : pour une fin de contrat depuis le 1er septembre 2026, le maximum est de 15 mois avant 55 ans, et le cumul avec l'activité s'arrête à 60 % du reliquat.
Questions fréquentes
Oui. La rupture conventionnelle d'un CDI, homologuée par l'administration du travail, ouvre droit à l'ARE si vous justifiez d'au moins 130 jours travaillés ou 910 heures au cours des 24 derniers mois (36 mois à partir de 55 ans). Le projet de création ne fait pas obstacle à l'indemnisation : une fois l'entreprise créée, vous choisissez entre le cumul de l'ARE avec vos revenus et le versement de l'ARCE en capital, à condition de vous être inscrit à France Travail avant la création.
Pour une fin de contrat fixée à compter du 1er septembre 2026, la durée maximale d'indemnisation après une rupture conventionnelle individuelle est de 456 jours (15 mois) avant 55 ans et de 624 jours (20,5 mois) à partir de 55 ans, en métropole. Avant cette date, le maximum était de 18 mois avant 55 ans. La durée réelle dépend aussi de votre historique de travail sur les 24 ou 36 derniers mois, avec un minimum de 182 jours.
Le premier jour indemnisé arrive après trois délais successifs : le différé spécifique (indemnité supra-légale divisée par 111,8 en 2026, 150 jours au plus), le différé congés payés (indemnité de congés payés divisée par le salaire journalier de référence, 30 jours au plus) et un délai d'attente de 7 jours. Avec 3 000 € de supra-légal et 1 500 € de congés payés pour un salaire journalier de 100 €, l'attente est de 49 jours après la fin du contrat.
C'est possible juridiquement, sous réserve des clauses d'exclusivité et de non-concurrence du contrat, mais vous perdez l'ARCE. France Travail traite alors votre situation comme une « activité conservée » : vous pouvez cumuler l'ARE avec les revenus de l'entreprise, sans capital. Pour garder le choix de l'ARCE, préparez le projet pendant le contrat et placez la date de début d'activité après la rupture et après votre inscription comme demandeur d'emploi.
Après. L'ACRE se demande à l'URSSAF une fois l'activité déclarée, dans les 60 jours qui suivent la date de début d'activité. En tant que demandeur d'emploi indemnisé, vous joignez la notification d'ouverture de droits délivrée par France Travail : il faut donc s'être inscrit et avoir déposé la demande d'allocation au préalable. L'URSSAF répond sous 30 jours, et son silence vaut accord.
Elle ne réduit pas le montant de l'allocation journalière, qui se calcule sur les salaires, indemnités de rupture exclues. En revanche, la part de l'indemnité qui dépasse le minimum légal retarde le premier versement : chaque tranche de 111,8 € de supra-légal décale l'indemnisation d'un jour en 2026, dans la limite de 150 jours, atteinte à partir de 16 770 €.
Oui. La rupture conventionnelle repose sur l'accord des deux parties : l'employeur peut la refuser, quel que soit le motif du projet, et le salarié ne peut pas l'exiger. Un projet de création ne crée aucun droit à l'obtenir. Sans accord, la démission n'ouvre l'allocation chômage que dans le cadre du dispositif de démission-reconversion, à engager avant d'envoyer sa lettre.
Ressources utiles
- Unédic : rupture conventionnelle, durées d'indemnisation à compter du 1er septembre 2026
- Unédic : calcul du différé spécifique, diviseur 2026 et plafond de 150 jours
- Service-public.fr : procédure de rupture conventionnelle, rétractation et homologation
- France Travail : créer ou reprendre une entreprise, inscription avant la création
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